Jeudi 3 avril 2008
A 9.57 devant le Darty de la place de la République, il y a environ vingt personnes qui attendent la levée de rideau métallique, préliminaire à leurs achats compulsifs d'écrans plats.
Du coin d'un oeil torve, ils observent la trentaine de wannabuys à quelques mètres de là, attendant l'ouverture du GoSport.
Putain, faire la queue avant l'ouverture d'un magasin, fais moi rêver. Ah, attendre des heures pour acheter le dernier disque de Mylène Farmer et soudain mesurer l'insondable vacuité de ses goûts musicaux. Mais il en va de la lucidité comme des bonnes frites, en ce sens qu'elles ne durent pas, et l'on retourne presque instinctivement aux bassesses quotidiennes, et c'est généralement là que la question de la fermeture ou non du Velux avant de partir ce matin se pose.
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Jeudi 27 mars 2008

Comme le bonhomme était rouge, j'ai été obligé d'attendre avant de traverser, une fois de de plus, et deux mecs se sont arrêtés derrière moi et attendirent, à peu près comme moi, sauf que moi j'étais devant et du coup c'est moi qui décidait quand on partait. Moi, moi, moi.

Mec n°1 a désigné l'estafette JC. Decaux remplie de Vélib's et à l'adresse de Mec n°2, déclara : «T'as vu, les vélos». Mec n°2 lui répondit : «Oui, et en plus (inaudible)».

Après quoi, Mec n°1 s'est lancé dans une imitation de Bourvil dans La Grande Vadrouille (“mais, mais, mon vélo”), une imitation qui s'est révélée bien trop longue.

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Samedi 15 mars 2008

A mon arrivée à la caisse, j'ai posé mes achats sur le tapis.

"Ah, un petit tournevis !" résona derrière moi.

Oui, j'avais acheté deux tournevis de petite taille. Un carré et un tête étoile. Avant j'en avais toujours auprès de moi, mais après on m'a volé ma trousse en salle d'art platique et j'étais triste. Je n'irai pas jusqu'à dire que ces tournevis étaient ce que j'aimais le plus en ce monde car par bonheur je n'ai jamais perdu mon épluche patate en rotin.

Ah, un petit tournevis.

Je sus d'instinct que j'avais affaire à un pro. Puis j'ai effectué un quart de tour pour dévisager celui qui venait d'entamer en des termes choisis une discussion qui s'annonçait fort sympathique. La trentaine, du genre paumé qui passe ses samedis matin au Monsieur Bricolage de la place Armand Carrel. Style prof de techno ou passioné de modélisme.

Je lui opposai un sourire poli. Lui, avisant mes achats :

"Vous faites du modélisme ?" (Tiens, j'aurais parié)

Il y avait là : un cadre 30 par 25, des joints pour la douche, du scotch double face, trois petites fioles de parfum d'ambiance, du ruban de plomberie, et les deux tournevis sus nommés. L'attirail du parfait modéliste.

- Euh... non.
- Ah, parce que moi oui. Et on m'a dit que je devais acheter des petits tournevis.
- Oh ?...

Et puis je cherchais mes sous et quand je me suis re-retourné il avait disparu. Depuis, je me sens comme orphelin.

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Dimanche 16 décembre 2007

Après avoir observé un temps d'attente raisonnable de ma naissance jusqu'à mes seize ans (temps d'attente qui, à la louche, peut se chiffrer en quinzaine d'années), il fut grand temps d'apprendre à conduire. Apprendre à conduire n'était pas un but ultime dans ma vie d'adolescent, comme pu l'être manger des Smarties ou regarder par la fenêtre. Pour tout dire, j'y allais un peu comme on accompagne un ami distrait à un concert d'Amel Bent : sans grande conviction, cependant mué par l'envie de ne pas décevoir.

C'est là que je fis la rencontre de RM, que nous appellerons désormais Raoul Moussaka pour un double souci d'anonymat et de rigolade. Monsieur Moussaka était moniteur de l'auto-école qu'on avait décrétée la plus proche de la maison. Ce qu'elle était certes lorsqu'on faisait le trajet en voiture, mais pas à pied, et l'on notera l'ironie de la situation.

Raoul avait appris à conduire à ma soeur, et dès lors de véritables légendes urbaines s'étaient mises à courir sur son compte, systématiquement niées en bloc par mes parents, ce qui les rendaient d'autant plus crédibles. Personnellement, bien résolu à me faire ma propre opinion (tout en sachant déjà à quoi elle ressemblerait), j'y allai sans crainte bien qu'un peu blasé (rappelons nous le manque de conviction, paragraphe un).

Raoul était un petit vieux au look de mante religieuse style Mr. Burns avec des clopes de meufs, qu'il fumait sans satiété dans l'habitacle de la voiture. Ses "fesses en goutte d'huile" étaient devenues une renommée mondiale dans tout le canton. Pour parfaire la description, disons qu'il s'agissait d'un Thierry Roland gringalet avec accent jurassien.

Monsieur Moussaka n'avait certes pas l'auto-école la plus rentable de la ville (excentrée, code de la route avec cartes à trous, légendes urbaines, etc.), mais il ne rechignait jamais à faire de la pub. Bon, certes, à l'intérieur de la voiture, avec personne d'autre que moi et lui, ce qui limitait les retombées économiques, mais ce type là savait se vendre.

"Tous ceux à qui j'ai appris à conduire, aujourd'hui, ils ont le permis.
- ...
- Eh ! Oui, vous avez bien entendu. Tournez à droite, direction A katt ceeent katt."

Raoul ponctuait souvent ses inspirés aphorismes de l'abhorrant "comme dirait l'autre", l'« autre » étant lui, quelqu'un de sa famille proche à la rigueur. Il joignait souvent le geste (coup de coude dans les côtes, petite tape sur l'épaule) à la parole. Raoul avait sans doute besoin de parler. Moi, moins. Mais ça ne le gênait pas. Au contraire, il pouvait plus facilement se concentrer sur les sujets essentiels qu'étaient les insecticides qui déciment les abeilles, les îles Canaries, les pneus tubeless ou les jours de marchés à travers les ages.

Monsieur Moussaka savait aussi se faire violent verbalement lorsque quelque chose ne lui plaisait pas dans ma conduite, ce dont j'avais terriblement besoin à l'époque, et qui eut bien entendu l'effet pas escompté mais couru d'avance. Le jour de l'examen, j'étais sûr de moi comme peut l'être Eve Angeli avant de faire une dictée, j'ai rétrogradé en plein virage et pilé à un feu vert. Lorsque je me suis garé, que je suis sorti du véhicule et que Raoul vint aux nouvelles, l'agenda à la main pour prendre le prochain rendez-vous, je lui exhibai le papier rose (old school), et

- ... eh ben vous ne le méritez pas.

Reste toujours à savoir pour qui l'insulte était destinée. Pour ma part, sortir du collimateur de Raoul The Killer était une perspective plutôt kiffante.

Et puis il mit en vente l'auto-école, et l'on ricana, prétextant que j’étais à l'origine de son départ, ce que je goûtai fort peu ; si l'un de nous deux eût dû partir à la retraite à la fin de notre rencontre, j'aurais rassemblé mes fiches de paye pour faire valoir mes points, voilà la vérité, à dix-huit ans, et, mes aïeux, c'eût été une piètre pension.

Trois ou quatre ans plus tard, à la faveur d'un week-end commun, nous le croisâmes en ville ma soeur et moi. Il semblait chétif sans la voiture autour et les doubles commandes. Au moment de nous croiser, il baissa le regard. Comme dirait l'autre, on avait gagné.

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Mardi 27 novembre 2007

Chez Monoprix j'ai acheté un petit carnet à spirale, comme William Sheller, même si il faudrait que je me renseigne où c'est qu'il l'a acheté le sien, à lui.

Comme ça, je me suis dit, plutôt que d'avoir de l'inspiration puis l'oublier pour cause de taf qui me fait perdre de l'inspiration. Tenez, là, non content de faire une rupture syntaxique, j'ai envie de dire "à l'inverse de Dyson" puisque Dyson c'est l'aspirateur qui ne perd pas d'aspiration, etc, et on s'accordera tous pour dire que c'est moisi comme feinte.

Il faut dire — ce n'est pas une excuse mais une aide à la compréhension — que simultanément à la rédaction de ce post, je regarde la grosse émission de la médecine sur la 5, et j'attends, au taquet, que Michel Cymès fasse une vanne de cul, j'ai bon espoir ; en même temps ce matin chez Bruce Toussaint il a dit qu'il ferait gaffe parce que c'est en praïme taïme.

Ma soeur elle a dit que les parents de Bruce Toussaint étaient criminels de l'avoir appelé comme ca.

J'ai acheté un carnet à spirale pour noter toutes les idées quand j'en ai pour pas que je les oublie. Alors, depuis quatre jours que je l'ai, j'ai noté :

• meuf qui ressemble à Desproges sur un vélo
• imesrtpez(coulure)
• meuf qui rsmbl à jj Annaud

Alors autant pour les deux meufs présentant une ressemblance frappante avec 1. le plus grand génie de l'espèce humaine 2. un quelconque frisé, j'en ai un souvenir ému, en même temps qu'une interrogation sur la suite humoristique que j'espérais voir découler de ces observations, autant pour "imesrtpez(coulure)", je vois pas. Ecrire dans le métro qui bouge avec un petit stylo qui fuit (n'achetez plus de Reynolds) ne prête pas à l'exhaustivité.

J'ai acheté un petit carnet rouge, et quand on le retourne, on lit "café/savon/polente" (les trois choses que j'emmènerais sur une île déserte), puis, plus bas, un laconique "wh.", signe évident de coquetterie lorsqu'il s'agit d'acheter de l'alcool.

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