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Quarante ans après Mai 68, je suis allé au BHV, et assez rapidement je me suis retrouvé en caisse avec une prise péritel et un coussin. Là, attendant mon tour et poursuivant ma lecture d'Une
histoire des médias de Jeanneney fils, je le vis, du coin de l'oeil, arriver d'une démarche tranquille avec deux fois 2 mètres de serre-joint en alu à la main. Il n'avait presque pas
changé.
La vente flash des mélangeurs était terminée, une dame aux cheveux rouges repositionna un vase pourpre. Un monsieur toussa. La caissière dit : 37 euros 20. Serge July attendit sagement son tour
derrière moi.
Pendant que la dernière gaufre cuisait j'ai mis le saladier sous le robinet. Et puis j'ai fini mon café au salon en attendant que la gaufre soit cuite. Et puis ça m'a étonné parce que
je me souvenais pas que le gaufrier faisait plic ploc quand la gaufre était cuite. En revanche c'est ca qu'a toujours fait l'eau quand on oublie d'éteindre le robinet.
C'était ennuyeux parce que du coup j'ai oublié la gaufre et elle était pas très bonne.
Ca fait deux fois qu'un concessionnaire de Nîmes me laisse un message pour savoir si ma femme a réfléchi pour la voiture.
Je pensais être assez fort, mais ma vie de couple m'a finalement rattrapé.
Dimanche 30 septembre 2007
C'est en beurrant mes tartines que je me suis rappelé à quel point j'ai toujours eu du mal à me concentrer. Des fois, à l'école, j'oubliais que j'avais cours et je passais une heure a regarder par la fenêtre, et la maîtresse m'obligeait à écrire cent fois des conneries.
Et puis j'ai rangé le beurre. Et c'est quand le beurrier en inox a commencé à faire des étincelles que je me suis aperçu que ce que je prenais pour le frigo était en réalité le micro-ondes.
Mon enfance n'a été qu'une vaste arnaque concernant à peu près tous les domaines, du père Noël qui stockait ses cadeaux en haut de l'armoire du salon ou des quelques bandes dessinées inatteignables dont on n'apercevait que les tranches colorées et qui étaient sensées être des albums de Mickey mais que nous n'avions pas le droit de lire (?) alors qu'il s'agissait des trois premiers tomes de Kador de Binet, disposées là afin de ne pas choquer nos yeux chastes...
M'a-ce protégé ? Que dalle, ais-je envie de m'exclamer, cela aura plutôt eu un effet négatif sur ma personne et notamment mon expression écrite qui n'est que suite de phrases interminables qui feraient choper des céphalées à Bruno Roblès. Vous voyez un mec normal aurait mis : "ça m'a protégé ? non."
Donc, disais-je, mon enfance n'a été que succession de supercheries et blousages de grandeur. Au moins étais-je épargné par l'airdunconisme (concept sociologique caractérisé par la gueule que tu tires quand tu t'es aperçu qu'on t'a honteusement dupé).
Exemple : Papa, ça veut dire quoi "TS" au cul de la R14 ? Ca veut dire Tourisme Spécial. On est des touristes importants et c'est pour ça qu'on nous laisse passer. TIens regarde, on passe la douane là. Eh bien le douanier va faire le tour de la voiture et va nous laisser passer ! - Cool !... Par contre il nous laisse pas passer. - Bonjour Monsieur, vous voulez bien ouvrir le coffre ? - Eh merde. (Bon c'est un mauvais exemple. Il se trouve que cette fois ci mon père transportait 25 Kg de coke calée entre le cric et la caisse de chat. Mais qu'importe).
Quand le maître de CM2 nous a demandé des expressions qui exprimaient la fierté et que j'ai sorti "fier comme si on avait un bar-tabac" parce que mon papa le disait tout le temps, et que le maître s'est frotté la figure avec sa main en faisant une drôle de tête, j'ai vu que ca sentait le roussi. Mais ma réaction n'était rien comparée à celle qu'aurait pu avoir ce type qui m'a croisé Gare de Lyon avec ma soeur au bras et qui s'est écrié "t'as de la chance cousin !".
Qu'il constate la beauté diaphane de ma soeur, bon, logique, il avait des yeux. Mais moi ? Avec une belle fille ? Moi ? Avec une fille ? Ahah ! J'en ris encore.
cOMMENNTSE