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Je ne supporte plus les systèmes automatiques. C'est pas encore pour me la jouer "le monde est contre moi", mais voilà, ils ne m'aiment pas. Je suis trop petit, trop maigre trop blond, trop ordinaire pour eux.
J'essaye de les comprendre, d'imaginer leur fonctionnement, de me mettre à leur place, mais à chaque fois c'est toujours la même histoire, je suis rendu à mimer le vol du colibri sous les séchoirs automatiques des chiottes de la gare.
Aux entrées des supermarchés, j'approche la main pour pousser les portiques automatiques. Généralement ils ne l'attendent pas, ma main, et s'ouvrent, prétentieusement, sous les yeux du vigile en costard. A l'inverse, c'est quand je rencontre un portique mécanique que je ne ferai rien, alors forcément je me le ramasse, dans les, dans les, voilà, sous les yeux du vigile en costard, qui ne se formalise plus (ils finissent par me connaître).
Le dernier exemple en date s'est produit au terminal car ferry de Douvres, dans la zone douanière où (encore une fois) des types en costard me posent des questions stupides :
- Bonjour Monsieur, vous allez où ?
- Ben, chez moi.
- Vous venez faire quoi au Royaume Uni ?
- Finir mon boulot au lieu de profiter du soleil.
- Vous faites quoi ici, Monsieur ?
- Je paye des taxes.
(Ca les énerve quand je dis ça)
Donc j'entrais dans la zone douanière, lorsque la porte automatique s'est refermée entre mon sac à dos et moi. L'air d'un con, bien entendu, mais l'habitude, encore une fois... Si le type derrière moi ne m'avait pas libéré en faisant rouvrir la porte, j'y serais sans doute encore.
J'ai cru faire une syncope jeudi soir en allant aux toilettes dans le TER, tout était automatisé, mais quand je dis tout, c'était vraiment tout, la porte, le robinet, la chasse, le PQ, à s'en désoler que notre pipi soit en comparaison si ringard. Alors bien sûr que c'est plus propre, la flotte qui s'allume toute seule, ça évite qu'un tas de connards au doigts pleins de pisse tripatouillent le même robinet, je discute pas. C'est bien. Pour les autres. Parce que pour moi, de toute façon, il s'allume pas. Alors t'as vu, niveau hygiénique, c'est pas les mains d'Edouard Balladur. J'en fais quoi, moi, de mes doigts ? Je les lèche ?
L'accès soudain de vulgarité dont je vous fait part à cette heure n'est -- vous l'aurez compris -- que la manifestation d'un désespoir aigü d'un jeune homme à qui le monde n'apparaît pas comme adéquat, voire accueillant, mais c'est aussi parce que j'aime bien le goût du pipi, c'est un ptit peu salé, j'aime bien.
Donc, je n'aime pas les systèmes automatiques. Mais j'en rencontre de plus en plus. Et comme cette tendance n'en est qu'à ses débuts, on finira sans doute par me retrouver victime d'un suicide, pendu à un distributeur de savon.