Samedi 12 août 2006

Mais la vraie tristesse, celle censée arracher des larmes au plus coriace des dictateurs ne me fera pas pleurer. Pire, elle me terrorisera, me glacera jusqu'au sang (je n'utilise que des poncifs éculés quand j'ai peur). On décèlera néanmoins chez moi une activité lacrymale dans des cas bien précis, qu'un esprit cynique qualifierait de ridicule.

Il y a de cela trois ans, la SPA du Rhône déclinait sur tout support urbain de sa convenance une campagne d'affichage visant, j'imagine, à limiter les dégâts des vacances chez nos amis à poils. Si vous les aimez, ne les abandonnez pas était à peu près le message inscrit en grosses lettres au dessus d'une photo trop floue pour être honnête. Dans un cadre bucolique (champ, pré, jardin à la con, ou quelconque endroit avec de l'herbe), assise entre un chat moche qui regardait de coté (résumant ainsi l'intérêt que portent les chats au genre humain en général et aux photographes en particulier) et un chien noir, poil luisant et regard crétin, trônait une petite fille aux cheveux roux bouclés, clignant des yeux de soleil éblouis. Elle devait avoir dans les cinq, six ans, et à cet age où les enfants  ont en général un visage angélique leur accordant toutes les faveurs (grenadine, balade au parc, cadeaux hors de prix, doses de crack), elle n'était pas très jolie. A chaque fois que je passais devant une de ces affiches, je me retenais de fondre en larmes. J'avais tellement envie de la rencontrer, que l'on parle un instant, je lui aurais verbalisé mes angoisses, puis on serait allés prendre un café, elle m'aurait probablement dit "mais je bois pas de café parce que je suis une petite fille d'abord", et nous nous serions sans doute quittés là sur un malentendu.

Plusieurs fois ce mois ci, dans le dédale de couloirs qui relie Châtelet Pont-au-change (7) à Châtelet Les Halles (RER), juste après le vendeur de melon, il y a cette petite vieille qui joue du pipeau sur une chaise de camping. On entend bien entre les notes et les couacs qu'elle est aussi adroite au flûtiau que moi au basson, et pourtant il y a chez elle un je ne sais quoi de gamine de la SPA. Comme j'aimerais m'extraire du flux de voyageurs pressés et m'asseoir près d'elle. Je lui parlerais de mes peines et des gens qui me manquent, je lui proposerais un bon gueuleton, un plat de pâtes, et puis un café, et elle me dirait qu'il faut partir maintenant monsieur, parce qu'elle est pas assistante sociale.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
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Commentaires

mortel!!!!
commentaire n° : 1 posté par : Kosmopolites (site web) le: 22/08/2006 09:41:28

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