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(Oui tout se passe comme d'habitude, je poste, vous ne commentez pas, tout va bien. Non, je ne suis pas frustré)
Ambiance feutrée d'une salle d'attente, ce samedi avait dix heures, déjà le soleil perçait sous Bonaparte. D'accord je reprends.
Une ordonnance du médecin traitant me recommandait une radio chez les X(-Ray) Men, j'imaginais déjà les désastres irréparables qui allaient être enfin confirmés par une radio accusatrice. Soudain on me pointerait du doigt et l'on me dirait : "Toi, là, le blond... j'aimerais pas être ta vertèbre n°5..."
La porte s'ouvre. La secrétaire écorche mon patronyme, un exercice auquel nous sommes dans la famille malheureusement habitués, au point de désespérer de l'apprentissage de la prononciation française.
(Alors quand on a un i tréma qui suit une voyelle, on prononce indépendamment ces deux voyelles. Exemple : "sinusoïde", qu'on prononce sinusoïde et pas sinuzoade.)
Je m'approche, la radio-girl me fait entrer, puis amorçant un départ précipité de la pièce, elle lance un : "Tu te mets en slip, j'arrive !" qui me laisse coi.
Je bloque quelques secondes, essayant de m'expliquer cette triviale familiarité. A quatorze ans, alors que l'on me prenait encore pour ma mère au téléphone (ce que je corrigeais par un "Non, C'EST SON FILS" agacé, surtout sur la fin), je m'étais juré de me souvenir du jour où l'on m'appellerait définitivement "Monsieur". Jour qui s'étala sur deux ans, mettant un terme à mes aspirations de mec précis. Mais c'était y'a longtemps. On m'appelait Monsieur. Ca avait commencé par les gosses, et puis les grands avaient suivi peu après. Et voilà qu'une accorte radiologue m'ordonnait, comme on ordonne à un gamin capricieux (voire non sevré), de me mettre en slip.
J'esquissai un sourire (seul, au maximum, j'esquisse des sourires. Je réserve mes francs sourires que lors de mes relations sociales, on les reconnaît facilement : je ne souris pas des yeux, ça fait flag, mais je peux pas faire mieux) en imaginant ce qu'une telle phrase prononcée dans des conditions différentes eût pu provoquer. Au boulot par exemple. Je bosse, j'ai le casque sur les oreilles, soudain une radiologue arrive et me lance : "tu te mets en slip, j'arrive." La gueule de mes collègues... Ca va jaser dans les chaumières...
Ou alors, je sais pas, à la boulangerie. Je commande une fougasse aux lardons. Je paye avec mon avoir sur tickets resto, la boulangère me rend la monnaie, me rend mon sourire (elle a vu le coup des yeux), et puis, devant les clients effarés : "tu te mets en slip, j'arrive". Oah le cauchemar. C'est un pur cauchemar de môme, ça, être en slip dans la rue. Moi je l'ai fait qu'une fois. Celui que j'ai fait plus souvent c'est celui de quand tu vas aux watères, mais en fait tu rêves, et... bon, enfin on l'a tous fait ce rêve.
Je sais pas ce que j'ai avec la corporation des médecins, toi qui lis ce blog, tu as sans doute lu l'histoire du médecin urgentiste Britiche qui voulait pousser plus loin un examen de routine, mais tu ne connais pas celui qu'on était allé voir pour des symptômes non confirmés d'appendicite et qui en désespoir de cause avait fini par trouver des morceaux de papier dans mon oreille droite que j'avais malencontreusement glissés en dernier section de maternelle. Il y a d'autres histoires comme ça mais on n'a pas le temps là.
Je suis en slip. Effectivement, elle arrive. Accompagnée. Du radio-man en chef. Qui m'engueule pour le manque de précision de l'ordonnance. Qu'ess tu veux que ça me foute ? J'adore ces mecs qui t'emmerdent pour un truc qui n'est pas de ta faute, et dont, en plus, tu te fous complètement. Ton ordonnance tu te la colles au cul mon gars, tu peux me X-rayer sous toutes les coutures, me cramer jusqu'à la moelle, j'ai tout mon temps. Aucun impératif ce week end si ce n'est un rapport de stage à envoyer lundi en recommandé. Et que j'ai pas commencé.
Verdict : dos parfait. Je suis sur le cul. Tout va bien. Déception.
Et me voici ce soir, à vous écrire ces lignes, trop voûté pour pouvoir me tenir droit, trop fatigué pour éviter les lapalissades. Avec des douleurs à faire pâlir une gymnaste russe à la retraite dont l'entraîneur aurait poussé à de plus augustes destins, je songe à l'euthanasie, ou à clore ces lignes que la douleur d'un mec en slip avait rendues trop longues.