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8h30. Un samedi. Au delà de l'inhumanité de la chose -- que je m'étais au demeurant infligée -- je sirotais ma tasse de café parmi d'autres étudiants venus comme moi faire cette simulation d'entretiens.
J'avais failli être en retard, je suis resté coincé dix minutes entre deux portes bloquées par des systèmes magnétiques, mais bon, j'ai téléphoné au gardien, ça va.
Les trois intervenants du Rotary Club prirent place face à nous et se présentèrent. Pour vous donner un ordre d'idées, j'avais en face de moi les sosies de Christian Jeanpierre, Patrick Fonte et Philippe Meyer.
Patrick Fonte était le chef. Aussi prit-il la parole, et j'en garantis l'authenticité.
- Alors si vous voulez, bon, alors, le Rotary Club. Le premier a été fondé aux Etats-Unis il y a tout juste cent ans, et alors... Bon il y a à peu près un million d'adhérents à travers le monde, et en fait... Alors tous les Rotary Club respectent une Chartres, et euuuuh... Vous savez, on parle beaucoup des OGN, eh ben, le Rotary Club c'est une OGN, une organisation non gouvernementale. On a une chaire à l'ONU, et puis euuh... Bon, par exemple on a fait des campagnes de vaccination contre la polio, c'était une maladie presque totalement éradiquée l'année dernière, sauf au Nigeria, au nord du Nigeria, parce que, vous voyez, les gens refusaient de se faire vacciner parce queuuuuh... eh bien leeeees... On peut le dire je pense, ils pensaient que les "blancs" leur voulaient du mal. Le président de Nigéria a pourtant incité la population à se faire vacciner, mais bon.
- Du coup, six mois plus tard, on trouvait des cas au Soudan, en Egypte, en Ethiopie, à cause de La Mecque, ce sont des musulmans vous comprenez alors ils font des pèlerinages à la Mecque. Aujourd'hui c'est de nouveau éradiqué sauf encore au nord du Nigeria... Bon.
Christian Jeanpierre et Philippe Meyer observaient un silence humble, ponctué parfois de "oui oui" et de "bien sûr", et bientôt nous fumes divisés en trois groupes.
C'est l'ancien présentateur de Téléfoot qui me fit passer mon entretien fantoche. Où tout se passa admirablement jusqu'à la question fatidique.
- Bon, vous demandez combien ?
- Ah, ça j'avoue que je n'y ai pas réfléchi, en plus je ne sais pas trop combien demander, pas trop pour pas mettre en péril une chance d'obtenir un poste, mais pas non plus rien du tout parce qu'il faut bien que je mange, et puis je sais pas spécialement combien je pourrais valoir surtout que...
- Euh ça ce que vous me dites je m'en fous, l'employeur il s'en fout, donnez moi un chiffre !
- Oui mais enfin je dis ça c'est entre vous et moi
- Oui, je sais, je m'en fous.
- Bon alors faut que je pense à un chiffre. Euuuuh...
- Une fourchette ?
- Entreuuuuuh... voyons... 800 et 1000 euros...
- Combien ??
- Huit cent et mille euros, dis-je en toutes lettres
- Pardon ?? Le SMIC il est à combien ?
- Euuuuh... Alors c'est sept soixante deux, je crois, non, huit un ?
- Par mois !
- J'en sais rien, vous savez, j'ai toujours été vacataire, un coup c'était 200, un coup 900, ça variait, et puis les centres de vacances c'était tout le temps pfuiiii (mime le lance-pierre) allez, tiens, 300.
- Avec une licence professionelle, vous valez dans les 2000.
- Ah bon ? C'est bon à savoir.
- En plus vous êtes bilingue.
- Yesse.
- Ben raison de plus
- Ah, ok, merci meussieu.
cOMMENNTSE