Mercredi 27 septembre 2006

Un bar, la fontaine des innocents, une quiche d'avant-hier dans mon assiette, des amerloques à la table d'en face. Un serveur aussi affable que la belle-mère de Salazar. Trois fois que les ricains réclament une nouvelle carafe d'eau, trois fois qu'il trace sans réagir. Trois fois quelques gouttes du ciel. D'instinct je déploie ma serviette au dessus de mon assiette. Non que je procède de la sorte à chaque pluie déjeunère, il ne pleut d'ailleurs pas. C'est juste la troisième fois qu'au cinquième, on arrose sadiquement les géraniums.

Quatrième fois que l'Amérique fait état de sa soif. Je me lève, lègue ma carafe, et lorsqu'ils me gratifie d'un thanks dude, je rétorque machinalement un ts'allrite, mate, he's just behaving a prick. Et puis ils partent, et le chef de eux, ostensiblement devant le serveur affable, me pointe du doigt en prononçant en capitales : "...and thank YOU". Les relations franco-américaines se réchauffent. Mais quand je suis parti, c'est sur leur table qu'il y avait un pourliche.

***

 

 "Alors, avec un croissant au beurre..." bip bip bip... "deux cent dix euros". C'est ma boulangère. On est potes. Quand elle dit le prix, elle lit pas la virgule et on se marre. Mais elle l'a fait à un client quelconque derrière moi et je songe à revoir à la baisse cette relation de confiance qui s'était difficilement installée entre nous.

 

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"Boh, vous seriez venus il y a trois semaines, vous auriez vu Paul, il est passé." Il nous raconte ça tranquillement, en anglais dans le texte, pendant que je tapote le Steinway noir dans le coin. "C'est là dessus qu'il a composé Hey Jude". Léger recul. "On n'a rien touché depuis 1970. Si, une fois, on a refait la peinture." C'est le studio 2, quoi. On en vient à relativiser depuis qu'on a investi ce matin le studio 1 d'Abbey Road et que le Philarmonic de Londres remballe ses instruments. On croise le harpiste dans les couloirs et on s'accorde pour dire qu'il est pas dans l'orchestre par hasard.

 

***

 

Là ils sont rentrés et ça a pété. Nicolasse Keïdge fait une sale gueule et on voit qu'il pense que le film va mal évoluer. Boum. Ca crépite, ça fuit du plafond, ils rencontrent un pompier la gueule en sang et se font une accolade interminable. "Vous avez la télé ?", il dit. "Il parait qu'un deuxième avion est rentré dans la tour nord", et l'écran s'est rallumé. Temps mort. Crépitement. "Mesdames, Messieurs. Ici le poste de sécurité. Pour des raisons de sécurité, veuillez quitter la salle en vous dirigeant vers les issues de secours... Mesdames, Messieurs..." Regards inquiets. Les sièges se libèrent en vingt secondes. Les longs couloirs pour rejoindre le Forum des Halles résonnent de pleurs affolés de gosses qui ne veulent pas mourir. Mais il pleuvait dehors. C'était une infiltration d'eau dans la salle 1. Pendant ce temps, dans un lieu tenu secret, la DST interrogeait Laurent Romejko qui se bornait à nier l'évidence.

 

par Tv39 publié dans : Ca n'arrive qu'à moi et c'est pas des conneries
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Lundi 18 septembre 2006

Lorsque le cinéma ne nous apporte que des histoires banales, il faut bien compenser dans la vraie vie. Exemple : samedi. On est allés voir Quand j'étais chanteur. Bon. C'était chiant. Et il veut chanter, et il veut plus, et elle voudrait bien se le serrer, et puis finalement non, puis oui, oh, merde.

Ensuite on est allés dans ce bar où il y a toujours un mec qui se douche. C'est un bar où il y a plein de mecs, mais il y en a toujours qu'un seul qui se douche toutes les heures. Il doit souvent se salir ou quoi, ça explique pas en revanche pourquoi ladite douche donne sur la piste de danse. Peut être qu'il est très sale et qu'il n'a pas le choix. Alors il se lavait, pas trop les épaules en vérité, plus son slip qu'il avait gardé on ne sait pourquoi. Les gens faisaient : "oh".

Un ami de moi voulait le voir. Alors on l'a vu, et il était marrant, il s'appelait Mouloud, il faisait semblant de se battre avec nous, et il était très fort, et après il disait "non je rigole", et il rigolait, et on s'amusait bien.

Après j'ai une amie à moi qui a mis sa langue dans sa bouche, et il avait l'air bien content. Après il rigolait et il m'a demandé si je voulais une dédicace. Alors j'ai dit "un coeur !" sans trop réfléchir, et je crois qu'il a oublié ensuite parce qu'il n'avait pas de papier ni de stylo.

Après il a repris une douche et il se lavait mieux, surtout le slip, ils doivent pas avoir de machine à laver. Après il a enlevé le slip et il a continué à se savonner, et puis il m'a vu devant, il a rigolé, il a dit "non je rigole" mais on entendait pas bien à cause de la vitre. Il a fait un drôle de regard et il s'est approché de la vitre, et puis j'ai crié : "Il va dessiner le coeur !", et j'étais chouettement content. Et devant l'assistance médusée qui regardait alternativement Mouloud puis moi qui rigolait, il a dessiné un petit coeur en mousse.

Après il a écrit "ZORRO" à l'envers, et on rigolait encore plus, et après il est parti. Alors on est retournés le voir, et je l'ai remercié, et il a fait semblant de se battre avec moi, mais moi je savais qu'il faisait ça pour rigoler, comme de toute façon il disait "non je rigole".

Après, à 3 heures, on est allés à la piscine nocturne, c'est un truc conceptuel où il fait chaud, on n'a pas besoin de bonnet et il y a beaucoup de mecs qui mettent pas beaucoup de maillots de bain.

Avec tout ça j'irais bien voir un film de Desplechin.

par Tv39 publié dans : Ca n'arrive qu'à moi et c'est pas des conneries
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Lundi 11 septembre 2006

Il y a quatre mois j'avais oublié mon briquet et j'allais acheter des allumettes. Quinze centimes, le tarif classique, et puis il me dit "20 centimes". Alors je fouille dans ma poche et je ne trouve que quatre centimes, mais 19 centimes c'est pas assez, même si je travaille en face, même si je le persuade de ma bonne foi, même si, même si, etc.

Ce soir j'avais oublié mon briquet et j'allais acheter des allumettes. Vingt centimes, le tarif local, je pose la pièce sur le comptoir, et puis il me dit  "attends, attends", et me donne une boîte avec grattoir une face, les gratuites.

Entre temps on avait pris l'habitude de boire le café en ces lieux chaque matin.

Appliquez cet exemple à toutes les situations de la vie quotidienne.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
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Mercredi 6 septembre 2006

Après un service tout pourri à l'Hippopotamus, on est sortis. Quand je dis service tout pourri, je n'exagère pas : on avait affaire à des professionnelles :

" Et comme sauces, pour la bavette, vous avez quoi ?
- Alors on a sauce au poivre, tartare, béarnaise, échalotes, KATIAAAAA !
- Euh, la dernière, c'est quoi, pardon, je la connais pas ?
- Non, j'appelais notre nouvelle serveuse... Katia, tu peux voir la 12, ils ont plus de pain."

A un moment on a cru à un spécial "Vis ma vie" de serveuse dans un Hippopotamus, mais non, pas de caméra dans les parages, alors on a payé et puis on s'est barrés.

On marchait dans la rue Baltard, et puis on a décidé de traverser le parvis des Halles, quand arrivés à un jardin public, on a vu un chat noir. Un beau chat noir qui en qualité de chat noir se posait là : silhouette élancée, touchant recul quand on l'apellait, genre "vas-y t'es qui toi, mate ailleurs".

Est soudainement apparu un chat similaire en tous points, mêmes couleur, taille et touffe de poils clairs dans le cou. Et puis ce furent deux, quatre, neuf, quinze chats carrément identiques qui tournaient autour de nous.

- Terrible, dis-je.
- On dirait Les oiseaux, dit Benoit, plus cinéphile que zoologue.

Et puis c'est une petite vieille voûtée qui s'est pointée avec une barquette en alu remplie de mou en murmurant des trucs pas très compréhensibles, en tout cas pour les non félins. Mais les chats et elle avaient l'air d'être cul et chemise et on les a laissés à leurs affaires de mou.

Et c'est tout. C'est vraiment à chier, mais on casse pas les couilles à Patrick Modiano si il écrit un truc pareil.

par Tv39 publié dans : On s'en fout
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