Lundi 26 septembre 2005

21 heures dans le seul bureau de tabac de l'arrondissement qui ouvre jusqu'à minuit. Une file de clients attendent leur tour. Trois personnages principaux :

1. Le vendeur : Grand, aigri, nasillard.
2. Le client grincheux : Grincheux.
3. Le mec derrière : C'est un mec, il est derrière.

Acte I, scène 1.

Le vendeur : Et deux qui nous font dix. Ensuite ?
Le client grincheux, grincheux  : Rmmbl un paquet de grrrmlrlboro light rmmlbl.
Le vendeur, insistant : Bonsoir !
Le client grincheux, sur la défensive : Quoi ??
Le vendeur, plaintif : Ca fait depuis que vous êtes rentré que je vous vois grogner ! C'est pas possible ça monsieur !
Le client grincheux, agacé : Mrrllgrr c'est bon donne moi ces cigarettes !
Le vendeur, prenant la file à parti : Chaque soir c'est pareil, tout le temps vous êtes grincheux !
Le client grincheux, encore plus grincheux : Grrrrl QUOIIII ? C'est ton travail, si t'aimes pas ton travail fais autre chose !
Le vendeur, pas inspiré : Mais oui, c'est bon, allez.

Un temps de battement. Il va le dire. Il hésite encore. Il le dit.

Le client grincheux : Sale pédé, va ! T'as pas honte ? Ces clopes tu devrais me les donner ! Tu devrais me payer pour que j'aille ici !
Le vendeur, de moins en moins inspiré : Mais oui, bien sûr, mais oui !
Le client grincheux : Race de mort ! Je t'encule, moi !
Le vendeur, en panne totale d'inspiration : Ah ben ça, je dirais pas non !
Le client grincheux : Tu fais honte, là, honte ! Cache toi !
Le vendeur, en roue libre : Ouais ouais ouais ouais, suivant !
Le mec derrière : Un machin en trente sivouplé.
Le client grincheux, restant dans le magasin : Et d'abord qu'est-ce que tu fais là ? C'est chez moi ici t'as rien à faire là.
Le vendeur : Six cinquante, mais oui oui oui c'est bon, allez, moi je vous connais monsieur.

Le mec derrière s'extirpe avec difficulté du magasin.

Le client grincheux, dernières cartouches : Et ta soeur ?
Le vendeur : Elle bat le beurre !

 

Le mec derrière s'éloigne sur le trottoir humide. On doit lire dans ses yeux l'envie d'aller courir tout nu dans un champ de betteraves en criant "au secours" (excellente performance d'acteur)

par Tv39 publié dans : Message personnel
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Dimanche 11 septembre 2005

Une pochette Coliéco négligemment posée sur un meuble de ce qui jadis fut ma chambre. "Tiens, on a reçu ça pour toi, ché pas skeucé".

Ouverture. Je glisse une main curieuse. Ca crisse comme du papier de bonbon, ou comme les couvertures de sécurité, ignifuges, le soir au bord des autoroutes, quand le taux d'alcool a vaincu le branleur à gourmette.

Kôcéssa ? Un ticheurte. Marqué Canal+. Autre papier, autre crissement. Un tablier. Marqué Canal+. Une petite boîte en carton. Une montre. Marquée Canal+. Bon, ça commence à faire. Ils cherchent à nous acheter ou quoi ? C'est parce qu'on leur a cédé les droits du matériel - au demeurant merdique - qu'ils ont diffusé en juin ?

La réponse vient avec la suite. Un CD Audio, trois pistes : "Abonnés CANAL+ (ah bon, depuis quand ?), ce CD a été spécialement réalisé à votre attention. Il vous est offert à l'occasion de la diffusion du film La vie est belle sur CANAL+"

Bon, d'accord. La suite confirme mes doutes. Dans un sac estampillé La journée de la télé 1998, le ptit papier accompagnant la montre : Ce mouvement à quartz est garanti contre tout vice de fabrication jusqu'au 1er février 2003.

Ah les pleutres ! Ils nous refilent leurs vieux stocks ! Eh oh, chuis pas une poubelle, je suis un homme libre !

Bon sans déconner j'ai changé la pile de la montre, elle était naze. J'ai filé le t-shirt XL au père, ça lui va comme un gant. Si on cède encore quelques droits d'auteur, on aura de quoi refaire toute la garde-robe du dabe.

par Tv39 publié dans : On s'en fout
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Jeudi 8 septembre 2005

Alphonse n'avait pas de chance. Il laissait son parapluie à la maison, paf, une averse monstre. Il oubliait régulièrement son code de Carte Bleue, et quand il mangeait devant la télé, il y avait toujours la pub du champignon qui s'installe avec ses copains sous les ongles des pieds.

Alphonse ne digérait rien. Même le plus digeste des aliments le rendait malade à souhait. Il n'aimait pas le riz, mais lorsqu'il mangeait à la cantine, il arrivait toujours en retard, tous les autres plats avaient disparu, il était alors cantonné au riz.

Des jeux de mots de la trempe de celui que vous venez de lire étaient son lot quotidien. Il essayait d'être drôle, mais sa dernière tentative lui fut fatale. Il était monté sur le toit de sa voiture pour amuser la galerie. Un coup de vent lui envoya l'antenne dans les dents, bilan, une prothèse à 2 briques non remboursée par la sécu.

Alphonse votait. Toujours pour le candidat qui avait le moins de chance de remporter le scrutin. Pour les municipales, dans sa ville communiste, il avait voté FN. Le FN avait gagné les élections. Alphonse était noir, pauvre, homosexuel, apatride et franc-maçon.

Alphonse n'avait pas de chance.

par Tv39 publié dans : On s'en fout
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