Dimanche 27 août 2006

On arrive à Rambuteau, on va s'arrêter, on s'est arrêtés. Il y a du monde. Signal sonore. Les portes ne se ferment pas. Petit temps d'incertitude rendu silencieux par l'extinction des moteurs.

Soudain une clameur explose en bout de quai et se propage jusqu'à notre wagon en vagues successives. Regards inquiets. Une belle femme noire court sur le quai en direction de la conductrice. "Ca fume !"

Raccourcis éclairs dans les esprits occidentaux des usagers réguliers de la ligne 11. Métro+fumée = bombe = Al Qaeda = On va tous crever = Je pourrais jamais apprendre le base-ball à mon fils. Mouvement de foule. En l'espace de trois secondes, beaucoup moins qu'en terminus de ligne, la rame se vide complètement, si l'on exclue Bibi, courageux, épiloguant sur la célérité à géométrie variable des Ratpistes.

Effectivement ça fume. Une fumée qui tient plus du frein rongé que de la bombe à sticks, comme dirait Shaggy (je finis ces lignes et je me jette par la fenêtre). Rien d'étonnant si l'on considère l'intérêt que portent les conducteurs de la ligne 11 pour le freinage. Comme pour la 4. Et vas-y que je te fais des dérapages, et check ben les wheelies, tac tac t'as vu mes nouvelles jantes, eh merde. Alors évidemment, suite à un incident technique à la station Rambuteau, le trafic est interrompu entre Châtelet et Mairie des Lilas. Veuillez emprunter les lignes en correspondance.

Pour rejoindre Les Halles, j'ai bien entendu pris la direction opposée. J'avais un plan (mais que je tenais à l'envers, sans doute).

***

[...] Et vers 23.55 le RER est arrivé à Invalides, et nous nous sommes séparés. Lui pour la 8 puis la 12, moi pour Montparnasse où je prendrais la 6. Un mec bourré s'engueulait avec des italiens qui se foutaient de sa gueule.

Après le mec bourré a voulu niquer la mère des italiens, puis il s'est tourné vers moi et m'a demandé de confirmer à l'assistance la justesse de ses propos. Je l'ai regardé silencieusement, avec l'air de regarder un mec bourré me demandant de confirmer qu'on niquerait la mère de quelques jeunes italiens hilares.

Se sentant soudainement seul dans son combat sans néanmoins perdre la fougue des débuts, le mec bourré persistait en étendant la menace à tout le wagon, voire au métro qui  est arrivé à Place d'Italie, terminus provisoire. Alors italiens, français z'et apatrides de tout poil sont descendus sur le quai, et le mec bourré n'a pas vu ses projets prendre corps, sans doute mis à mal par la difficulté logistique de réunir en si peu de temps un nombre conséquent de mères disséminées au delà des limites acceptables pour un parisien (les boulevards des maréchaux).

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Samedi 26 août 2006
On est allés voir Les monologues du vagin au Petit Théâtre de Paris. C'était bien mais j'ai trouvé que ça parlait pas mal de chatte quand même.
par Tv39 publié dans : On s'en fout
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Samedi 19 août 2006

Comme prévu, j'étais sur le quai 11 de République, direction Châtelet et j'avais laissé passer une bonne quinzaine de rames. Je dis "comme prévu" puisqu'il semblerait, aux derniers dires de mes proches que la majorité de mes congénères peinent à trouver un intérêt à, par exemple, traverser pour le plaisir Paris d'ouest en est par le RER C pour revenir à Balard via Madeleine.

Il n'y avait là aucune raison de regarder passer les voyageurs sinon celle, suffisamment honnête, de tuer le temps en évitant la pluie.

Il est arrivé sur le quai d'en face, il marmonnait des trucs inaudibles, et dévisageait tous les gens qui passaient à sa hauteur en ponctuant de commentaires autant osés qu'injustes si j'en juge au regard de ces derniers lorsqu'ils se retournaient.

Direction Mairie des Lilas, prochain train dans une minute. Le suivant, dans quatre minutes.

Soudain est arrivé un autre type qui marmonnait plus fort et commentait sans doute plus injustement. Le visage du marmonneur initial s'est soudain décomposé et l'on pouvait y lire un sentiment mêlé de fureur et de jalousie.

Puis la rame est arrivée, les a avalés tous deux et je suis resté seul sous le ciel de faïence où ne brillaient que les correspondances.

par Tv39 publié dans : On s'en fout
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Mercredi 16 août 2006

En ces temps, armé d'un baccalauréat et de toute la mauvaise volonté laborieuse dont on accable la jeunesse de ce pays, j'avais cédé à la volonté de mes parents.

"Tu travailleras ces vacances.
- Non.
- Si.
[...]
- Bon d'accord.
- Au moins tu sauras que tu ne voudras pas faire ce genre de boulot toute ta vie."

Ce à quoi je rétorquais le savoir déjà, simplifiant grandement la tache puisqu'il n'y avait aucun intérêt à le faire, un argument qui ne remua point mes géniteurs, par trop habitués à mes feintes acrobatiques.

Alors j'ai remué des caisses de fruit et légumes dans ce supermarché, où j'ai retrouvé ce type que je connaissais en première avec qui on fumait du shit, et qui racontait des histoires palpitantes comme celle du jour où il avait renversé l'eau de son bang sur le sol de sa chambre. J'appris des sigles rigolos, comme TG (tête de gondole) ou DHP (droguerie hygiène parfumerie).

Pour un ensemble de raisons (taille, durée du contrat,...) je ne pouvais porter la tenue réglementaire (pantalon sombre, chemise à carreaux, tablier vert) mais on para très vite à ce souci en me fournissant un t-shirt medium "Les secrets de Fort Boyard avec Casino". Je pensais ne pouvoir tomber plus bas quand mes parents déboulèrent dans le rayon avec l'envie inexplicable d'acquérir un exemplaire de chaque fruit et légume de la création, sans doute pour la réalisation d'une arche de Noé pastorale.

La responsable du rayon ne me permit jamais d'utiliser le Fenwick, alors que ce connard d'Anthony avec qui j'avais été 2 semaines dans la même classe en sciences éco et qui travaillait au rayon liquides s'en servait tout le temps. Par contre j'avais le droit d'utiliser la nettoyeuse, ce monstre rampant qui faisait un bruit d'aspirateur, avec la petite raclette derrière, et qui laissait toujours des traces.

Le responsable du magasin, un frais trentenaire sorti dernier d'une quelconque école de commerce avait bien suivi les cours de dialogue social, il venait souvent nous voir en "salle de pause" pour nous raconter des histoires drôles qui parlaient de sa belle-mère ("Comment on dit "belle maman ne viendra pas ce week end" en anglais ? Yes !")

En coup de vent, il passait quelques fois vers mes étalages et m'engueulait pour des conneries (salade moche, cageot du gingembre vide, moucherons tournant autour d'une prune coincée depuis des lustres entre deux caisses, etc...) et m'appelait "chef" à chaque fois qu'il avait quelque chose d'important à me dire.

J'en étais terrorisé. Et plus il essayait de la jouer proche des employés, plus j'étais pétrifié. Donc, fatalement, terreur = baisse de vigilance = lapsus. Et quand je suis rentré dans son bureau pour lui demander un truc insignifiant arriva ce qui devait arriver.

- Est-ce que [truc insignifiant] on pourra le faire demain, chef ?

 

Il leva doucement les yeux de sa lecture qu'il n'avait pas quittée depuis mon arrivée. Je lui aurais dit que dès le lendemain je serais venu travailler déguisé en photocopieuse qu'il ne m'eût pas dévisagé autrement.

Ca tombe bien que j'écrive ça aujourd'hui, j'ai déjà quasiment tout refoulé.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
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Samedi 12 août 2006

Mais la vraie tristesse, celle censée arracher des larmes au plus coriace des dictateurs ne me fera pas pleurer. Pire, elle me terrorisera, me glacera jusqu'au sang (je n'utilise que des poncifs éculés quand j'ai peur). On décèlera néanmoins chez moi une activité lacrymale dans des cas bien précis, qu'un esprit cynique qualifierait de ridicule.

Il y a de cela trois ans, la SPA du Rhône déclinait sur tout support urbain de sa convenance une campagne d'affichage visant, j'imagine, à limiter les dégâts des vacances chez nos amis à poils. Si vous les aimez, ne les abandonnez pas était à peu près le message inscrit en grosses lettres au dessus d'une photo trop floue pour être honnête. Dans un cadre bucolique (champ, pré, jardin à la con, ou quelconque endroit avec de l'herbe), assise entre un chat moche qui regardait de coté (résumant ainsi l'intérêt que portent les chats au genre humain en général et aux photographes en particulier) et un chien noir, poil luisant et regard crétin, trônait une petite fille aux cheveux roux bouclés, clignant des yeux de soleil éblouis. Elle devait avoir dans les cinq, six ans, et à cet age où les enfants  ont en général un visage angélique leur accordant toutes les faveurs (grenadine, balade au parc, cadeaux hors de prix, doses de crack), elle n'était pas très jolie. A chaque fois que je passais devant une de ces affiches, je me retenais de fondre en larmes. J'avais tellement envie de la rencontrer, que l'on parle un instant, je lui aurais verbalisé mes angoisses, puis on serait allés prendre un café, elle m'aurait probablement dit "mais je bois pas de café parce que je suis une petite fille d'abord", et nous nous serions sans doute quittés là sur un malentendu.

Plusieurs fois ce mois ci, dans le dédale de couloirs qui relie Châtelet Pont-au-change (7) à Châtelet Les Halles (RER), juste après le vendeur de melon, il y a cette petite vieille qui joue du pipeau sur une chaise de camping. On entend bien entre les notes et les couacs qu'elle est aussi adroite au flûtiau que moi au basson, et pourtant il y a chez elle un je ne sais quoi de gamine de la SPA. Comme j'aimerais m'extraire du flux de voyageurs pressés et m'asseoir près d'elle. Je lui parlerais de mes peines et des gens qui me manquent, je lui proposerais un bon gueuleton, un plat de pâtes, et puis un café, et elle me dirait qu'il faut partir maintenant monsieur, parce qu'elle est pas assistante sociale.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
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