En l'absence de d'sous d'verre, la bière de Raymond avait laissé un cercle aqueux sur le zinc, et Raymond dévoilait ledit cercle chaque fois qu'il se sentait étancher sa soif. Et puis il en rajoutait avec son doigt, il commença par des cercles concentriques, et puis fit le drapeau des jeuzolimpiques, et puis fut à court d'idée et but son demi. C'était très bien et il y avait une chouette ambiance.
Si l'on exclut le manque total d'animation, sinon Paul et Monsieur Jean qui abattaient les dominos sur la petite table du fond et Monique qui grattait une chaise. Riri faisait les mots croisés du Parisien mais le coeur n'y était pas.
"Putaindpeinture !" s'exclama Monique. "J'aurais du les protéger avant de rafraîchir le buffet. La glycéro ca tient bien."
A part René, tout le monde se foutait de savoir si Monique avait taché ses chaises de glycéro ou d'acrylique ; et puis René n'était pas encore arrivé, si bien que Monique s'excitait dans le vide.
"Je vais reprendre un demi, ma chérie, miaula Raymond qui sentait que le cinquième continent commençait à s'évaporer.
- Comin' rèit up, s'exclama Monique qui avait été bartendeuresse à Aberdeen.
- Je veux, répondit Raymond, qui avait été client à Melun depuis 1962.
- Ca sent la glycéro ! nota René, qui venait d'arriver.
- Te voilà toi ! (regard lourd)
- Quoi me voilà moi ? (regard léger)
- Tétépaçansévniraneuveur ?
- Arrête d'écrire comme Queneau, ça le dessert pas.
- En dessert y'a de la crème caramel chcrois, du-fond-lança Monsieur Jean qui n'avait pas suivi toute la conversation.
- Et puis j'étais occupé. J'ai aidé le fils au Totor à mettre ses affaires dans la camionette.
- Il part au camp de vacances à la Bourboule stannée aussi ?
- Non il s'en va de vrai. Il déménage. Il va à Paris.
- Bintiens. Totor il en dit quoi ?
- Totor il en dit trop rien. Il a viré le gamin parce qu'il est gaÿze.
- Il est quoi ?
- Il est gaÿze.
- ...
- ...
- Merde c'est pas compliqué, il est gaÿze quoi, c'est un interverti, vous regardez jamais la télé ?
- Ah, c'est une tarlouze ! simplifia Paul.
- Un hormosessuel, précisa Monique, décidément Queneauphile.
- C'est une grande saucisse qui aime prendre du côté pile, ajouta Monsieur Jean qui à l'occasion écoutait du MC Jean Gab'1.
- Oui si vous voulez, coupa René. En tout cas il s'en va.
- Il aurait dû ouvrir un salon de coiffure, murmura Monique, pensive, le regard perdu à travers la vitrine, l'index aux mouvements giratoires dans sa chevelure d'ambre.
- Moi je m'explique pas, commença Riri, comment les gaÿzes, poursuiva Riri, ils font pour baiser plus que nous, finissa Riri.
- Peut être qu'ils zont pas ta femme ! dit Monsieur Jean.
- Ahr ahr t'es con, dit Paul
- Je déconne pas. J'avais vu un reportage dessus chez le droit dsavoir et ils montraient un jardinier communal, le matin il retrouvait des gaÿzes dans le troènes, et ils avaient pas beaucoup de vêtements.
- T'es sûr quand même, René, parce que le fils au Totor c'est pas non plus une danseuse, il a conduit le tractopelle pour les travaux à Paulo.
- Eh ! c'est vrai ! Si j'avais sû je lui aurais pas laisser passer les vitesses ! Eh, parce qu'il faut pas qu'ils adoptent, hein. Moi vivant ils se marieront pas à l'église avec les robes et le riz et les photos.
- Vous mélangez tout, Paul, dit Monique.
- Qu'est-ce qui vous arrive ?
- Je vous dit que vous mélangez tout !
- PLUS UN GESTE ! hurla le Père Noël qui venait de faire son entrée par la grande porte (celle de devant). De son imposante pogne gauche il avait un de ses lutins qu'il tenait par les cheveux, de la droite un flingue au canon scié qu'il appuyait avec insistance sur la tempe du pov petit qui avait pas l'air en forme.
- Le fric ! File moi le fric, bordel !
Le lendemain, dans le journal local, on salua sa capacité de diversion. Le Noël suivant, dans la nuit du 24 au 32, et alors que Papa Nono dégustait une dinde aux marrons sèche dans sa cellule de la centrale des Baumettes, on ne déplora aucun viol sur mineur de moins de quinze ans, contrairement aux autres années.
cOMMENNTSE