Vendredi 30 juin 2006

Pantin, 19 heures. Ciel dégagé, léger fumet de boulangerie qui décongèle du pain à l'arrache. Une odeur inséparable de ma prime jeunesse. J'esquisse un coup d'oeil vers la façade de l'immeuble. A presque tous les balcons ont fleuri des paraboles toutes pointées sur Hotbird, 13 degrés est. Je dis pas des conneries, on a fait des essais avec la parabole du Père, dimanche.

Il faut être au moins deux. Un pour tourner la parabole, et une autre devant la télé pour gueuler "c'est bon c'est bon y'a 56% là !". Bientôt nous pûmes voir ce qu'offrait à nos yeux ébahis Atlantic Bird 3 en numérique. Alors, on a trouvé : une mire, et la radio interne des magasins But. Oui, la radio interne d'un magasin, c'est quand chaque magasin du groupe pointe sa parabole sur le satellite pour accabler les rares clients paumés du dimache après-midi d'insipides promotions sur les clés de douze.

Très vite, mon frère et mon père passèrent aux sarcasmes, genre que si j'arrivais pas à trouver Astra (16° Est), c'était pas la peine de pointer Telecom 2D pour trouver encore une ou deux mire et des radios à la con. Alors que sur Télécom 2D on a quand même trouvé un feed Globecast, qu'on aurait pu tomber sur un match de la coupe du monde. Bon, là le feed était inactif, donc il y avait une mire. J'aurais bien attendu un peu, mais je crois qu'ils voulaient pas.

Après on a compris pourquoi on chopait pas Astra. On avait raccordé la parabole avec 25 mètres de cable coaxial d'avant ma naissance et qui trainait dans le grenier, et puis en 1972 les connecteurs avaient changé de diamètre et là y'avait les deux normes et c'était branché à l'arrache.

Alors on a tout refait et très vite on a eu du signal sur Hotbird avec une bonne centaine de chaînes en clair. Yen avait avec une grosse dame qui faisait un strip tease (ça sent le gros budget) avec des bandeaux défilants : "envoie 'vicieuse' au 6 12 13. Après on a vu la chaîne Cartomanzia, et t'avais une cartomancienne qui tirait les cartes à une gonzesse au téléphone, avec une incrustation sur fond bleu à faire pâlir les maîtres du genre, Direct 8 ou BFM Tv pour ne citer qu'eux.

Et après il y a eu le match de foot et on a replié les gaules. Et après je suis rentré parce que quand même, il fallait que je me prépare pour ma soutenance de stage.

par Tv39 publié dans : J'ai vraiment rien d'autre à foutre
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Mardi 27 juin 2006

Vol 991 de Paris Orly (ORY) à Genève Cointrin (GVA), scheduled 21.45 expected 22.30 (due to late arrival).

Consignes de sécurité. Quand vous entendez  "brace", ou bien "brace", adoptez la position qui s'appelle en anglais : "brace". Les ceintures de sécurité s'attachent comme ça (clic) et se détachent comme ça (clac). On vous conseille cependant de garder votre ceinture attachée pendant toute la durée du vol, même pour aller pisser.

N'oubliez pas de mettre votre masque à oxygène avant d'en poser un pour les enfants. Dans le cas, peu probable, d'un amerrissage... etc, etc.

par Tv39 publié dans : On s'en fout
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Jeudi 22 juin 2006

Oui en fait j'étais en train de réfléchir à ma dernière note que j'ai écrite trop vite. On comprenait pas tout. En fait, l'absurde résidait dans le fait que j'avais un dos parfait mais que j'avais quand même super mal. D'ailleurs demain j'ai rendez vous avec un traumatologue du sport. Désopilant, non ?

Après je suis sorti pour aller prendre le métro à République. Métro ligne 5 direction Bobigny (Pablo Picasso). Prendre le métro à République, c'est bien parce que c'est central, mais il faut traverser quatre ou cinq fois et manquer de se faire écraser, et moi ça m'arrange pas trop parce que on est le 22 et que avec l'abonnement j'ai déjà amorti le prix et que du coup je voyage à l'oeil, mais dès le 1er on verra.

J'avais traversé le boulevard du Temple, et là j'allais vers l'entrée centrale. En attendant le bonhomme vert, je fumais une cigarette, et c'est là que je l'ai vu en face. Après je l'ai reconnu. C'est parce qu'il fumait aussi que je l'ai reconnu. Oui, il fumait comme d'habitude, c'est à dire à la con. En tenant sa cigarette entre le majeur et l'annulaire. Moi, entre l'index et le majeur. Je suis tellement peuple.

Après le bonhomme est passé au vert, et c'est vers le milieu de la rue que j'ai croisé Michel Houellebecq.

par Tv39 publié dans : Message personnel
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Mardi 20 juin 2006

(Oui tout se passe comme d'habitude, je poste, vous ne commentez pas, tout va bien. Non, je ne suis pas frustré)

Ambiance feutrée d'une salle d'attente, ce samedi avait dix heures, déjà le soleil perçait sous Bonaparte. D'accord je reprends.

Une ordonnance du médecin traitant me recommandait une radio chez les X(-Ray) Men, j'imaginais déjà les désastres irréparables qui allaient être enfin confirmés par une radio accusatrice. Soudain on me pointerait du doigt et l'on me dirait : "Toi, là, le blond... j'aimerais pas être ta vertèbre n°5..."

La porte s'ouvre. La secrétaire écorche mon patronyme, un exercice auquel nous sommes dans la famille malheureusement habitués, au point de désespérer de l'apprentissage de la prononciation française.

(Alors quand on a un i tréma qui suit une voyelle, on prononce indépendamment ces deux voyelles. Exemple : "sinusoïde", qu'on prononce sinusoïde et pas sinuzoade.)

Je m'approche, la radio-girl me fait entrer, puis amorçant un départ précipité de la pièce, elle lance un : "Tu te mets en slip, j'arrive !" qui me laisse coi.

Je bloque quelques secondes, essayant de m'expliquer cette triviale familiarité. A quatorze ans, alors que l'on me prenait encore pour ma mère au téléphone (ce que je corrigeais par un "Non, C'EST SON FILS" agacé, surtout sur la fin), je m'étais juré de me souvenir du jour où l'on m'appellerait définitivement "Monsieur". Jour qui s'étala sur deux ans, mettant un terme à mes aspirations de mec précis. Mais c'était y'a longtemps. On m'appelait Monsieur. Ca avait commencé par les gosses, et puis les grands avaient suivi peu après. Et voilà qu'une accorte radiologue m'ordonnait, comme on ordonne à un gamin capricieux (voire non sevré), de me mettre en slip.

J'esquissai un sourire (seul, au maximum, j'esquisse des sourires. Je réserve mes francs sourires que lors de mes relations sociales, on les reconnaît facilement : je ne souris pas des yeux, ça fait flag, mais je peux pas faire mieux) en imaginant ce qu'une telle phrase prononcée dans des conditions différentes eût pu provoquer. Au boulot par exemple. Je bosse, j'ai le casque sur les oreilles, soudain une radiologue arrive et me lance : "tu te mets en slip, j'arrive." La gueule de mes collègues... Ca va jaser dans les chaumières...

Ou alors, je sais pas, à la boulangerie. Je commande une fougasse aux lardons. Je paye avec mon avoir sur tickets resto, la boulangère me rend la monnaie, me rend mon sourire (elle a vu le coup des yeux), et puis, devant les clients effarés : "tu te mets en slip, j'arrive". Oah le cauchemar. C'est un pur cauchemar de môme, ça, être en slip dans la rue. Moi je l'ai fait qu'une fois. Celui que j'ai fait plus souvent c'est celui de quand tu vas aux watères, mais en fait tu rêves, et... bon, enfin on l'a tous fait ce rêve.

Je sais pas ce que j'ai avec la corporation des médecins, toi qui lis ce blog, tu as sans doute lu l'histoire du médecin urgentiste Britiche qui voulait pousser plus loin un examen de routine, mais tu ne connais pas celui qu'on était allé voir pour des symptômes non confirmés d'appendicite et qui en désespoir de cause avait fini par trouver des morceaux de papier dans mon oreille droite que j'avais malencontreusement glissés en dernier section de maternelle. Il y a d'autres histoires comme ça mais on n'a pas le temps là.

Je suis en slip. Effectivement, elle arrive. Accompagnée. Du radio-man en chef. Qui m'engueule pour le manque de précision de l'ordonnance. Qu'ess tu veux que ça me foute ? J'adore ces mecs qui t'emmerdent pour un truc qui n'est pas de ta faute, et dont, en plus, tu te fous complètement. Ton ordonnance tu te la colles au cul mon gars, tu peux me X-rayer sous toutes les coutures, me cramer jusqu'à la moelle, j'ai tout mon temps. Aucun impératif ce week end si ce n'est un rapport de stage à envoyer lundi en recommandé. Et que j'ai pas commencé.

Verdict : dos parfait. Je suis sur le cul. Tout va bien. Déception.

Et me voici ce soir, à vous écrire ces lignes, trop voûté pour pouvoir me tenir droit, trop fatigué pour éviter les lapalissades. Avec des douleurs à faire pâlir une gymnaste russe à la retraite dont l'entraîneur aurait poussé à de plus augustes destins, je songe à l'euthanasie, ou à clore ces lignes que la douleur d'un mec en slip avait rendues trop longues.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
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Jeudi 15 juin 2006
Il m'est singulièrement difficile de conter, sans procéder par étapes, l'histoire de Jean-Jacques Athpatt. Je commencerai par une précision d'ordre phonétique.
En effet, Jean-Jacques insistait toujours sur la prononciation de ce "th" problématique. Il refusait catégoriquement la dentale dévoisée à l'anglaise, non par anti-américanisme primaire, mais parce que ses parents lui en avaient indiqué la prononciation adéquate, et surtout pour ne pas perdre la primeur d'un jeu de mots patronymique douteux.
(Jean-Jacques était (est ?) d'un naturel cocasse et pratique (ait?) volontiers l'autodérision).
"Allons donc !", s'écriait il quelquefois, "est-ce qu'on appelle le journaliste politique Jean-Michel Apathie Jean-Michel Apaffi ?"
Lequel Jean-Michel intriguait souvent Jean-Jacques, dans la mesure où son nom de famille compose un magnifique oxymore. Nul, ayant vu avec quelle virulence le collaborateur de RTL interpelle les politiques, ne peut soupçonner Jean-Michel d'apathie. Drôle de coïncidence. Comme si Arlette Chabot se fût appellée Arlette Sexy.
Par ailleurs, et c'est bien là que les choses se corsent, Jean-Jacques Athpatt s'était fait une passion dans l'observation des pigeons parisiens, une occupation que l'on nomme par un bien touchant faux-cuïsme "colombophilie".
Des albums photo entiers s'entassaient sur ses meubles, photos glanées ça et là dans la capitale, seulement ponctuées de légendes plus évocatrices encore, laissées en lettres déliées par une main trop maladroite pour être celle d'un mec normal :
"10 janvier : estropié Place d'Italie"
"25 septembre : un albinos!! Rue Montorgueil"
"7 avril : des plumes à la station Balard"
"13 juin : un pigeon saute sur une pigeonne à République (saute mouton?)"
Je ne résiste pas à vous présenter celle ci intitulée : "Sous les pavés : la volière, le Kremlin Bicêtre,13 Sept. 06"


***

Alors que je dînais avec Nico la semaine dernière, celui-ci m'a confié que dans nos ("nos" général) écrits, nous étions fortement inspirés par nos lectures en cours. J'ai totalement souscrit à sa remarque.
Mais faut pas lire 3 livres en même temps, Pif Gadget, le manuel d'utilisation d'un aspirateur sans sac (vous saviez que ça ne perd pas d'aspiration ?), et Gueutsse pour me reposer les yeux.
...
Pour ma défense, je tiens à préciser qu'hier soir, je suis tombé (par hasard) sur un film comme jamais j'en avais vu, avec Guy Montagné et Daniel Balavoine, un mélange iconoclaste qui curieusement ne m'a réconcilié ni avec l'un, ni avec l'autre. A propos, quelqu'un a des nouvelles de Balavoine ?
par Tv39 publié dans : J'ai vraiment rien d'autre à foutre
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