Bon, voilà voilà, je suis rentré. Retour donc de la logorrhée quotidienne qui prouve une fois de plus que l'on peut concilier avec brio quantité et euuuuh... bref.
Rentré en Angleterre où je me fonds dans la masse avec ce style que l'on dit britiche -- mais qui n'a fait effet jusqu'ici qu'en France, allez savoir pourquoi -- conjuguant romantisme et désinvolture, cheveux au vent et regard noir, même si mon romantisme en rodage tient plus aujourd'hui de Jérémy Châtelain que de Châteaubriant (bouark). Ce ne peut que s'améliorer avec le temps, s'il ne tenait qu'à ces cheveux d'arrêter de se foutre en travers de ma gueule, et que j'y vois plus rien, et qu'après j'ai l'oeil qui pique.
Bon, alors de quoi qu'on cause aujourd'hui ? Nous passerons sur un long voyage durant lequel une fois de plus je n'ai pu m'empêcher de jouer à l'étranger. D'habitude Anglais parmi les Français et Français parmi les Anglais, j'ai cette fois poussé le vice jusqu'à lire dans le train un exemplaire de La Repubblica. Ah ah ! Je les ai bien eus !
Je ne m'étendrais pas non plus sur cet incident au terminal car-ferry de Calais qui m'a valu d'être la risée de toutes les personnes présentes dans le hall (environ une, mais bon quand même). Bon, je sors pour fumer une clope, la porte automatique s'ouvre pas. Je recule, bouge sur le coté, elle s'ouvre. Je vais pour sortir, sa mère, elle se referme. Grand mouvements de brasse coulée. Heureusement que j'ai arrêté les séances d'UV, un voyageur curieux aurait me prendre pour Bruno Vandelli en pleine démonstration de la chorégraphie du remix hip-hop du grand classique de Bourvil, Elle me fait pouet pouet.
Alors j'avais pas faim, mais j'en avais plein le derche. Je décidai donc de m'accorder un répit, aussi vénal soit il. Oui je suis comme ça. Quelque fois je m'offre même des fleurs. Alors je rentre dans le restau le plus cher du ferry. Voilà. Chuis un ouf. Bon. Je parle anglais à la serveuse française, première connerie, mais ça va, je commence à m'y habituer.
Serveur. Carte. Ca a l'air chouette. Dommage que je ne comprenne qu'un mot sur deux. Au reste j'en profite pour remercier toute une génération de profs d'anglais grâce auxquels j'ai tout le vocabulaire nécessaire pour théser comme antithéser sur les réserves d'indiens ou la couche d'ozone.
Alors y'a le char-grilled vegetables que ça a l'air d'être des légumes, très bien, je prends. Puis arrive mon assiette avec en plein coeur (tenez vous bien) un putain de steak sanguinolent ; à sa seule vue, même le père Dodu en eût rougi. Mais alors le truc, monstrueux. Puis tout me revint, comme un flash back. Alors, attention : flash back.
(Bon, on n'a pas le temps, je traduis)
Le serveur : Bonjouuuuur ! (il était genre mielleux)
Moi : Bonjouuuuur ! (je sais m'adapter)
Le serveur : Vous avez choisiiiii ?
Moi : Ouiiiii, je vais prendre le char-grilled... euh... voilà.
Le serveur : Char-grilled steak, très bien. Quelle cuisson ? Saignant ?
Moi : Oh, oui. (logique, pour des légumes)
Le serveur : Et en accompagnement ? Légumes ou salade ?
J'ai pris salade car des légumes pour accompagner des légumes, cela ne se fait point, n'est-ce pas.
Alors me voilà devant ma bidoche qui palpiterait presque. Problème : je ne mange pas de viande. Hein ? Ben si, non ? Hé ? Clash des deux ptites voix intérieures :
Ptite voix intérieure 1 : Refuse ! T'as demandé des légumes ! Fouzy en travers de la gueule ! Tabarnouche, bouge-toi le fion !
Ptite voix intérieure 2 : Accepte ! T'aimes bien le boeuf ! Le restau va bientôt fermer, va pas encore les faire chier ! Pis rajoute un pourboire à la fin. Et puis demande si tu peux pas ramasser les miettes tombées sur la moquette avec ta bouche pour les aider à nettoyer. Tabouère, bouge toi le fion !
Qui vais-je écouter ? Vous le saurez tout de suite vu que je ne compte pas m'épancher éternellement sur cette anecdote marine.
J'ai donc mangé mon steak. Eh ben c'était vraiment bon. Un repas chouettement sympa, à mater le couchant reflété sur une mer d'huile se cachant peu à peu derrière les hauteurs -- s'il en est -- de Folkestone.
Comme dans les histoires de Babar ou dans l'évangile selon le type vachement louche qui fait le catéchisme à l'école, tout est bien qui finit bien. J'ai bien mangé, et le serveur a pas calculé que j'étais français. J'admets cependant qu'au niveau du pas-calculage, je remportai le championnat haut la main.
Seulement voilà. Je n'ai plus aucune crédibilité. Je ne pourrai plus dire quoi que ce soit sans que l'on me brocarde à gros renforts de rires gras, avec pour ultime remballe : "Ah ben toi, t'façon, rappelle toi le steak". En plus ça a moins de gueule que le vase de Soissons, imaginez ma douleur.
Seul répit, mes parents, qui ne lisent pas mon blog. Non pas parce qu'ils n'ont pas accès à Internet, mais parce qu'ils s'en foutent [s'émouvoir ici]. Or mes parents, et ma mère en particulier, seraient particulièrement friands d'une telle révélation.
Je recommanderais donc à ma fratrie de bien vouloir fermer leur gueules s'ils souhaitent conserver un semblant d'unité familiale. Je ne menace personne, mais je précise que j'ai de coté quelques gros dossiers, de quoi faire sauter quinze fois la république. Et je suis pas du genre à bouffer des cartes SIM ou à mourir avant les procès, moi.




cOMMENNTSE