Mains froides : coeur chaud
Mains moites : coeur sec
Mains en papelard : coeur de pierre
Alors tu vois ! Si je te fais un fuck, c'est parce que je t'aime bien.
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please insert the exact amount
Monsieur Martin ne s'appelle pas Monsieur Martin, celà va sans dire. Monsieur Martin est le directeur de l'agence immobilière Albert Spasme du XXIe. Lorsque Mlle Touctouc, qui m'avait fait visiter ce charmant studio donnant sur la place de la République, est partie en vacances c'est Monsieur Martin qui s'est chargé de régler l'affaire, devant donner sa réponse lundi.
Lundi soir, 18 heures 30, alors que Monsieur Martin avait été en rendez-vous donc indisponible au téléphone toute la journée, je viens aux nouvelles. Monsieur Martin me reçoit dans son bureau sobre mais fonctionnel. Au milieu d'une orgie de papier, j'aperçois mon dossier, trois mois de salaire x 2 parents, taxe foncière, avis d'imposition 2004, thème astral, mêche de cheveux, etc... D'un index désinvolte je pointe le sujet du jour, demandant à Monsieur Martin ce qu'il en est.
Le visage de Monsieur Martin s'illumine, l'air du "oh, ben tout de même les coïncidences, hein" se lit dans son regard, puis il s'anime et émet des genres de sons.
"Je peux vous parler honnêtement ?"
Pourquoi, ça ne va pas de soi ?
"Ben, oui.
- J'avais donné rendez vous à 17 heures à un monsieur, et comme vous voyez..."
Joignant le geste à la parole, Monsieur Martin pointe la cadran illisible de sa montre high-tech mais j'ai compris.
"J'avais ressorti votre dossier, tout de même, les coïncidences...
- J'ai amené les papiers qui manquaient"
Monsieur Martin s'en empare, puis avec la délicatesse d'un proctologue s'apprêtant à admirer vos hémorroïdes :
"Eh ben on va r'garder ça..."
Il sort de son bureau une calculatrice et aditionne un prof certifié et une prof agrégée, esquisse une moue intraduisible puis photocopie mes papelards pour la troisième fois ("Une agence, vous savez, on a beaucoup de travail, et on égare souvent les papiers.")
Monsieur Martin présente le dossier à la gestion demain. Puis me recontacte.
Demain, c'est aujourd'hui. Léger goût de déjà vu. 18 heures 40 (un accident grave de voyageur à la station Robespierre qui a perturbé le trafic). M'apercevant par la baie vitrée, Monsieur Martin sort de son bureau et entame la décomposition de son visage.
- Monsieur Martin ! -- je ne risquai point un "ce cher Martin !" ne connaissant pas encore l'issue de cette affaire -- J'attendais de vos nouvelles et comme j'en n'ai pas eues, je me suis dit, c'est mort.
Acquiescement.
- Ah bon, euh, pourquoi ?
- Vous êtes stagiaire, sans revenus, et voilà.
- Otez moi d'un doute, on parle bien d'un studio de 16m² au 6e sans ascenceur pour 450€ charges comprises par mois ?
- Ui.
- Mais c'est pas possible ! J'ai deux parents profs, ils font comments les gosses d'ouvriers ?
Et là, Monsieur Martin me laisse sur le cul, laisse échapper un soupir accablé, avec l'air de dénoncer une situation qu'il subit. Un peu comme les automobilistes dans Paris qui gueulent contre les embouteillages.
A vingt quatre ans, l'achèvement de ma vie arrive soudain. Curieusement, je me serais donné quelques années encore pour parvenir à ce summum inégalable qui fait que tout, à coté, semble terne.
Ah, que n'ai-je rêvé de ce jour, des nuits durant, ne tenant en place dans des draps que l'attente si pénible avaient rendus trop moites. Il me serait impossible d'énumérer tout ce que j'imaginai faire dès lors. Issu d'une famille de fonctionnaires, je n'avais, en somme, jamais touché du doigt l'Eden qui m'est aujourd'hui offert, et depuis quelques années, j'enviais ma soeur aînée qui avait accédé sans peines aux délices merveilleuses qui me comblent aujourd'hui.
Dans un halo éblouissant, elle est venue de la comptabilité me les apporter, et eux, magnifiques, avec pour écrin un petit carnet - sans souche - estampillé Sodexho.
Depuis le 28 février, j'ai des tickets resto.
Le lendemain à 14 heures je prenais le TGV à Lyon. Pour Paris.
Et alors vers 10 heures 39 je chargeais la voiture en mettant les valises et les cartons dans le coffre. Et j'ai fermé le coffre. Et en voyant la serrure du coffre, j'ai dit, "elle sont où les clés ?" Dans le coffre.
Alors j'ai tourné en rond, et j'ai fait "ah, mais aaaah." Puis j'ai appelé un garagiste, qui est venu, en voyant la voiture fermée à clé, il a dit : "ah là là mon pov' vieux".
Une heure et demie aller, une heure et demie retour et l'aide d'un oncle particulièrement chouettement sympa, nous allames rechercher les doubles des clés pour mettre un terme à cette histoire ridicule.
19 heures. Les proprios. "Ah, vous partez aujourd'hui ?" Sourires de convenance. "Oui euuuuuuh kesseujvoulais direuuuuh.... La caution, beeeeen... On a bien envie de la garder.
- ...
- Vous comprenez ?
- Bah, oui, 500 euros quammême."
A 22 heures je déposais mes valises au pied de la porte de chez J, gainsbourophile au delà de tout soupçon. Je confie la voiture à mon frère. Embrassades, vérifications que j'ai rien oublié, recommandantions, vérifications que j'ai rien oublié, la voiture elle boit du sans plomb, vérifications que j'ai rien oublié, aux revoirs. Huit minutes plus tard.
"Allô, Ben ? Tu peux faire demi-tour ? Les clés des valises sont avec celle de la voiture."
cOMMENNTSE