Mardi 27 février 2007
"Michel ?
- Oui ?
- Pour qui tu vas voter, toi ?
- Je t'emmerde.
- Oh, allez, fais pas le con !
- En quoi ça va t'avancer ?
- Nan, mais je veux juste savoir !
- C'est super personnel. Est-ce que je te demande pour qui tu votes ?
- Ben demande.
- Pour qui tu votes ?
- Je t'emmerde.
- Ah, va te faire foutre."
par Tv39 publié dans : On s'en fout
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Jeudi 22 février 2007
Vers 1h43, je traversais la Seine en direction de l'Ile de la Cité, après un détour inutile d'un kilomètre environ (vous saviez que le boulevard Saint Germain était parallèle et non perpendiculaire à la Seine ?) A l’entrée du boulevard du Palais, je vis le N13 s’arrêter là bas sur le bas-côté, m’indiquant où se situait cet arrêt inconnu. Oui, c’était ma première fois (j’étais un peu nerveux, les amis !)

Nerveux, oui sans doute, je l’étais, moins que bourré, avec certitude. Une ébriété cependant contrôlée ; la dernière des inhibitions que je perds avec l’alcool est la hantise de paraître ridicule en ayant un comportement d’alcoolique. Oui, je l’admets, c’est assez alambiqué. Ah ah ah.

Le temps de me faire cette vanne, j’avais passé le fleuriste, et le N13 était toujours arrêté. Si je presse le pas, je me dis, je le rattrape. Ou non, plutôt, je le loupe, et j’ai l’air con, et je suis pas assez bourré pour avoir l’air con. Je ne pressai pas le pas. Des contrôleurs contrôlaient ce qu’ils avaient à contrôler. Puis mirent un terme à leur contrôles au moment même ou j’arrivai à la hauteur du bus. Qui démarra.

Vers 2h07, le suivant n’était pas arrivé. Mais nous avions eu un N12, un N14, deux N13 dans l’autre sens, vingt-trois taxis parisiens, un chien et un monsieur barbu qui criait qu’il allait faire l’amour à la mère d’un monsieur qui attendait sur le trottoir d’en face le troisème N13 direction Issy.

Après, il y a eu un N13, et on est montés. Après, à Strasbourg Saint-Denis, un monsieur avec un grand vélo et un petit casque ridicule est monté. Je me trouvais au centre du bus, dans cet espace libre de tout fauteuil. Rapidement, de gauche à droite, il y eut : la carrosserie du bus, la rambarde en aluminium, mes côtes, mon livre, un vélo, le monsieur, des autres gens, et la carrosserie du bus.

Le monsieur était sans doute un adepte de la nouvelle tendance anglo-saxonne, le BYOMT (bring your own means of transportation), qui consiste à amener un moyen de transport dans son moyen de transport favori : voiture dans le train, trottinette dans l’avion, mini-van dans le tramway, et vélo dans le bus. Il faut apparemment pour en être adepte être titulaire d’un taux d’alcool dépassant les 3 grammes dans le sang, et le monsieur remplissait brillamment toutes les caractéristiques.

Il y eut très vite bousculade, rapport à la confrontation vélo-types qui descendent, qui, conjuguée avec un virage assez sec, me mit dans une position fausse où mes côtes ne tenaient pas le beau rôle.

Une discussion s’emboîta ensuite. Le monsieur disait : j’aime pas les noirs. Les quinze noirs autour de lui pensaient plutôt que c’était assez sympa, beaucoup plus que de faire chier tout le monde avec un vélo dans un Noctilien. Puis le monsieur se tourna vers moi, en éructant « tu me dis quand tu sautes ».

J’étais anglais. Dans de telles circonstances, je ne parle jamais la langue. Malheureusement, les nouvelles de Julian Barnes en anglais dans le texte ne constituaient pas un indice suffisant, aussi il répéta « tu me dis quand tu sautes, j’bouge eul’vélo. » Je répondis par une moue sensée représenter l’incompréhension totale.

Je ne risquai pas même un « Jay ne say paw. » Monsieur se s’en formalisa pas. Sans doute considérait-il comme assez crédible qu’un étranger ne parlant pas un mot de français se retrouvât sans problème dans un bus de nuit. Ou alors, ce qui est plus probable, il avait outrepassé les recommandations d’usage du BYOMT en observant un taux non pas de 4 mais de 8 grammes d’alcool par litre de sang. Pour ne pas être éthylomètre, je n’en suis pas moins homme, doté d’un odorat que je ne puis désactiver au gré de mes envies. Las ! que n’aurais-je donné ce soir-là pour pouvoir, rien qu’une fois être beau ! Beau et con à la fois. Mais je m’égare.

 Je finis par m’extirper de ce bourbier nocturne, me décalant de quelques centimètres afin de sortir du champ d’action de l’éthylique haleine de notre cyclotouriste. Ainsi j’étais étranger ! Tranquille, ignoré, le bonheur ! Mais en ma qualité d’étranger, j’avais oublié la principale caractéristique du français : chier sur les non-entravants. Le Français est à la lâcheté ce que le dresseur est à l’étalon : un maître. Et dans le genre, tonton cycliste, il avait de la boutanche. Je ne sais pas si c'est mon ouakmane ou le bruit du bus qui m’a le plus aidé, mais j’aurais pu ne pas en sortir indemne. Je ne chopai qu’une bribe qui donnait en substance « Oh, un trou ct'un trou ».

Profitant d’un mouvement à Ourcq, je me dirigeai vers le fond du bus où une jeune fille me fit un sourire entendu ; j’étais, je m’en apercevais, une attraction depuis dix minutes dans le N13, sans doute même Monsieur Cyclo-Fraca était mon complice, un petit cinquantenaire sans le sou intéressé par le happening urbain.

A Porte de Pantin, au moment de couper par la station Agip où stagnaient des relents d’hydrocarbures, je crois que j’ai entendu un piaf.
Ah… La France qui se lève tôt…
par Tv39 publié dans : Ca n'arrive qu'à moi et c'est pas des conneries
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Lundi 12 février 2007
C'était au début de l'été et de ma préadolescence. Jamais je ne m'étais senti plus près du règne animal. Il y avait eu Sylvain, la musaraigne trouvée au bord du ruisseau qui n'avait pas passé la nuit, Pierre, le merle tombé du nid, grassement nourri au beurre allégé et que sa mère n'avait au final pas voulu récupérer, puis une demi douzaine de têtards élevés dans le bassin de la cave qui, dès qu'ils furent en age de bondir, furent bouffés par le chat.

Bien résolu à revoir mes ambitions à la baisse, j'avais adopté deux grasses sauterelles vert pomme, 10 cm au garrot, gracieusement baptisées Sautrelli et Sautrella. C'étaient le genre de sauterelles qu'on attrape plus facilement que les autres, plus fines et plus athlétiques, mais aussi plus prisées par ce connard de chat qui ne laissait décidément aucun répit à mes appétences adoptives.

Mon frère avait confectionné pour les deux soeurs -- nous les avions liées de force -- une charmante maisonnette en Lego où elles avaient pu trouver tout le confort moderne : spa, cuisine high-tech, internet haut débit (audacieux dans la mesure où celui ci n'était encore qu'au stade expérimental), chauffage au gaz. Ou plutôt nous avions décidé qu'elles bénéficiaient de ce confort, n'est-ce donc pas le doux charme de l'enfance que l'émulation ; nous possédions du reste sous nos draps un magnifique four combi qui nous permettait de préparer de délicieux croissants chauds à toute heure.

Ainsi vécurent Sautrelli et Sautrella pendant quelques jours, jusqu'à ce que nous nous décidâmes à leur imposer un membre éloigné de leur famille, Sautrello. Sautrello n'était pas une sauterelle, soyons honnêtes. Sautrello était un grillon qui avait échappé à la vigilance du chat ; dans une famille de ricains ç'aurait été le tonton revenu du Vietnam. Nous pensions à juste titre qu'il abreuverait ses deux nièces d'histoires belliqueuses à n'en plus finir, et qu'enfin elles pourraient se distraire autrement qu'en parlant de trucs de gonzesses.

Aussi, ce soir là, vers 10 heures, Sautrello commença son histoire et nous réveilla par la même occasion. Alors que nous ne l'avions jamais entendu jusqu'alors, enfermé qu'il était dans son mutisme de vétéran qui avait dû en voir, il se prenait à craqueter toutes les 15 secondes, jusqu'à bien rapidement nous casser les couilles. Je me levai, défit le toit de la maison du bonheur, et eu un cri d'horreur. De Sautrelli et Sautrella ne restait que leurs thorax respectifs, et si Sautrello nous chantait la sérénade, c'est qu'il avait bien bouffé.

D'un bon, il sauta sur ma poitrine nue. J'eus un mouvement de recul violent, persuadé dans un instinct stupide et par là même instinctif, que j'allais subir le même sort que les orthoptères. Quelques secondes plus tard, le jury populaire avait condamné Sautrello à la peine capitale, et son existence s'acheva dans le creux d'un Kleenex.

C'est pas très éloigné du radeau de la Méduse, cette histoire. A ceci près que Delacroix n'a pas peint un grillon en train de becqueter deux sauterelles. Il n'en reste pas moins que les animaux font le plus clair de leur temps de l'anthropomorphisme. Aussi en suis-je finalement resté aux humains. Pour profiter de l'original.
par Tv39 publié dans : Ca n'arrive qu'à moi et c'est pas des conneries
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Dimanche 11 février 2007
Mon anniversaire, c'est une connerie. Je vois même pas pourquoi on garde cette date, c'est pourri. Quand j'étais à l'école c'était naze dans la mesure où ça tombait tout le temps pendant les vacances de février. Ou un dimanche. De fait, pas de gâteau en classe, quand d'autres avaient droit au doublé classe-maison, la moitié des oeufs à Paques, la majorité des cadeaux à chaque tombola et la putain de fève de la galette.
Mon anniversaire, c'est trop ringard. En plus cette année ya trop de chiffres.
par Tv39 publié dans : On s'en fout
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Lundi 5 février 2007
Well, obviously, after a certain amount of time, I couldn't  think of anything to say. I just stood mute, looking about, with a slight shiver from time to time showing I was still alive. She came then and burst with scornful laughter, meant I thought to be the conspicuous proof of her satisfaction upon what I was up to by now.
Here! She went. We don't talk much each other but there's one thing I'm sure about. (She somewhat paused here). You've never been too careful who you trusted. But hey! I can't blame you. After all, you trusted me.
She was fucking right. Ten years have been passing through and yet she was still unknown to me.
What are you trying to tell me, I said. She remained silent a moment, then said bluntly 'I'm seeing someone else.'
'Who?'
'You don't know'
'Tell me who the fucking bastard is'
'A French bloke, he's thousand times more interesting than you, he's nice to me ; but does it matter telling, as long as you've never been any use whatsoever?'
'WHO-IS-IT?'
'Right... Bernard Menez.'
'...who ?
'Told you you'd never have a clue...'
There I was then, hollow, fucked up, with my inspiration dumping me for some measly silly-voiced French actor. Who dealt?
par Tv39 publié dans : On s'en fout
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