Une fois je suis allé à Elgin, en Ecosse. C'est haut. Une autre fois à Algéciras, en Espagne. C'est bas.
J'ai z'été en Naustralie, en Nouvelle Guinée, Nouvelle Zélande, Nouvelle Calédonie, tout ce qui à un moment donné était nouveau. Je suis allé en Amérique du Sud, en Afrique du Nord, en Allemagne
de l'Est et sur la côte ouest. J'ai bourlingué, chuis allé partout. Chuis même allé Porte d'Orléans.
Non, c'est pour déconner. Je suis jamais descendu en dessous de Denfert Rochereau.
A 9.57 devant le Darty de la place de la République, il y a environ vingt personnes qui attendent la levée de rideau métallique, préliminaire à leurs achats compulsifs d'écrans plats.
Du coin d'un oeil torve, ils observent la trentaine de wannabuys à quelques mètres de là, attendant l'ouverture du GoSport.
Putain, faire la queue avant l'ouverture d'un magasin, fais moi rêver. Ah, attendre des heures pour acheter le dernier disque de Mylène Farmer et soudain mesurer l'insondable vacuité de ses goûts
musicaux. Mais il en va de la lucidité comme des bonnes frites, en ce sens qu'elles ne durent pas, et l'on retourne presque instinctivement aux bassesses quotidiennes, et c'est généralement là que
la question de la fermeture ou non du Velux avant de partir ce matin se pose.
Women
As it comes to them I
Wonder why and when it
Went wrong
Sans pouvoir me l'expliquer j'ai pensé à ça en prenant ma douche.
Comme le bonhomme était rouge, j'ai été obligé d'attendre avant de traverser, une fois de de plus, et deux mecs se
sont arrêtés derrière moi et attendirent, à peu près comme moi, sauf que moi j'étais devant et du coup c'est moi qui décidait quand on partait. Moi, moi, moi.
Mec n°1 a désigné l'estafette JC. Decaux remplie de Vélib's et à l'adresse de Mec n°2, déclara : «T'as vu, les vélos». Mec n°2 lui répondit : «Oui, et en plus (inaudible)».
Après quoi, Mec n°1 s'est lancé dans une imitation de Bourvil dans La Grande Vadrouille (“mais, mais, mon vélo”), une imitation qui s'est révélée bien trop longue.
A mon arrivée à la caisse, j'ai posé mes achats sur le tapis.
"Ah, un petit tournevis !" résona derrière moi.
Oui, j'avais acheté deux tournevis de petite taille. Un carré et un tête étoile. Avant j'en avais toujours auprès de moi, mais après on m'a volé ma trousse en salle d'art platique et j'étais
triste. Je n'irai pas jusqu'à dire que ces tournevis étaient ce que j'aimais le plus en ce monde car par bonheur je n'ai jamais perdu mon épluche patate en rotin.
Ah, un petit tournevis.
Je sus d'instinct que j'avais affaire à un pro. Puis j'ai effectué un quart de tour pour dévisager celui qui venait d'entamer en des termes choisis une discussion qui s'annonçait fort
sympathique. La trentaine, du genre paumé qui passe ses samedis matin au Monsieur Bricolage de la place Armand Carrel. Style prof de techno ou passioné de modélisme.
Je lui opposai un sourire poli. Lui, avisant mes achats :
"Vous faites du modélisme ?" (Tiens, j'aurais parié)
Il y avait là : un cadre 30 par 25, des joints pour la douche, du scotch double face, trois petites fioles de parfum d'ambiance, du ruban de plomberie, et les deux tournevis sus nommés.
L'attirail du parfait modéliste.
- Euh... non.
- Ah, parce que moi oui. Et on m'a dit que je devais acheter des petits tournevis.
- Oh ?...
Et puis je cherchais mes sous et quand je me suis re-retourné il avait disparu. Depuis, je me sens comme orphelin.
cOMMENNTSE