Dimanche 16 décembre 2007

Après avoir observé un temps d'attente raisonnable de ma naissance jusqu'à mes seize ans (temps d'attente qui, à la louche, peut se chiffrer en quinzaine d'années), il fut grand temps d'apprendre à conduire. Apprendre à conduire n'était pas un but ultime dans ma vie d'adolescent, comme pu l'être manger des Smarties ou regarder par la fenêtre. Pour tout dire, j'y allais un peu comme on accompagne un ami distrait à un concert d'Amel Bent : sans grande conviction, cependant mué par l'envie de ne pas décevoir.

C'est là que je fis la rencontre de RM, que nous appellerons désormais Raoul Moussaka pour un double souci d'anonymat et de rigolade. Monsieur Moussaka était moniteur de l'auto-école qu'on avait décrétée la plus proche de la maison. Ce qu'elle était certes lorsqu'on faisait le trajet en voiture, mais pas à pied, et l'on notera l'ironie de la situation.

Raoul avait appris à conduire à ma soeur, et dès lors de véritables légendes urbaines s'étaient mises à courir sur son compte, systématiquement niées en bloc par mes parents, ce qui les rendaient d'autant plus crédibles. Personnellement, bien résolu à me faire ma propre opinion (tout en sachant déjà à quoi elle ressemblerait), j'y allai sans crainte bien qu'un peu blasé (rappelons nous le manque de conviction, paragraphe un).

Raoul était un petit vieux au look de mante religieuse style Mr. Burns avec des clopes de meufs, qu'il fumait sans satiété dans l'habitacle de la voiture. Ses "fesses en goutte d'huile" étaient devenues une renommée mondiale dans tout le canton. Pour parfaire la description, disons qu'il s'agissait d'un Thierry Roland gringalet avec accent jurassien.

Monsieur Moussaka n'avait certes pas l'auto-école la plus rentable de la ville (excentrée, code de la route avec cartes à trous, légendes urbaines, etc.), mais il ne rechignait jamais à faire de la pub. Bon, certes, à l'intérieur de la voiture, avec personne d'autre que moi et lui, ce qui limitait les retombées économiques, mais ce type là savait se vendre.

"Tous ceux à qui j'ai appris à conduire, aujourd'hui, ils ont le permis.
- ...
- Eh ! Oui, vous avez bien entendu. Tournez à droite, direction A katt ceeent katt."

Raoul ponctuait souvent ses inspirés aphorismes de l'abhorrant "comme dirait l'autre", l'« autre » étant lui, quelqu'un de sa famille proche à la rigueur. Il joignait souvent le geste (coup de coude dans les côtes, petite tape sur l'épaule) à la parole. Raoul avait sans doute besoin de parler. Moi, moins. Mais ça ne le gênait pas. Au contraire, il pouvait plus facilement se concentrer sur les sujets essentiels qu'étaient les insecticides qui déciment les abeilles, les îles Canaries, les pneus tubeless ou les jours de marchés à travers les ages.

Monsieur Moussaka savait aussi se faire violent verbalement lorsque quelque chose ne lui plaisait pas dans ma conduite, ce dont j'avais terriblement besoin à l'époque, et qui eut bien entendu l'effet pas escompté mais couru d'avance. Le jour de l'examen, j'étais sûr de moi comme peut l'être Eve Angeli avant de faire une dictée, j'ai rétrogradé en plein virage et pilé à un feu vert. Lorsque je me suis garé, que je suis sorti du véhicule et que Raoul vint aux nouvelles, l'agenda à la main pour prendre le prochain rendez-vous, je lui exhibai le papier rose (old school), et

- ... eh ben vous ne le méritez pas.

Reste toujours à savoir pour qui l'insulte était destinée. Pour ma part, sortir du collimateur de Raoul The Killer était une perspective plutôt kiffante.

Et puis il mit en vente l'auto-école, et l'on ricana, prétextant que j’étais à l'origine de son départ, ce que je goûtai fort peu ; si l'un de nous deux eût dû partir à la retraite à la fin de notre rencontre, j'aurais rassemblé mes fiches de paye pour faire valoir mes points, voilà la vérité, à dix-huit ans, et, mes aïeux, c'eût été une piètre pension.

Trois ou quatre ans plus tard, à la faveur d'un week-end commun, nous le croisâmes en ville ma soeur et moi. Il semblait chétif sans la voiture autour et les doubles commandes. Au moment de nous croiser, il baissa le regard. Comme dirait l'autre, on avait gagné.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 27 novembre 2007

Chez Monoprix j'ai acheté un petit carnet à spirale, comme William Sheller, même si il faudrait que je me renseigne où c'est qu'il l'a acheté le sien, à lui.

Comme ça, je me suis dit, plutôt que d'avoir de l'inspiration puis l'oublier pour cause de taf qui me fait perdre de l'inspiration. Tenez, là, non content de faire une rupture syntaxique, j'ai envie de dire "à l'inverse de Dyson" puisque Dyson c'est l'aspirateur qui ne perd pas d'aspiration, etc, et on s'accordera tous pour dire que c'est moisi comme feinte.

Il faut dire — ce n'est pas une excuse mais une aide à la compréhension — que simultanément à la rédaction de ce post, je regarde la grosse émission de la médecine sur la 5, et j'attends, au taquet, que Michel Cymès fasse une vanne de cul, j'ai bon espoir ; en même temps ce matin chez Bruce Toussaint il a dit qu'il ferait gaffe parce que c'est en praïme taïme.

Ma soeur elle a dit que les parents de Bruce Toussaint étaient criminels de l'avoir appelé comme ca.

J'ai acheté un carnet à spirale pour noter toutes les idées quand j'en ai pour pas que je les oublie. Alors, depuis quatre jours que je l'ai, j'ai noté :

• meuf qui ressemble à Desproges sur un vélo
• imesrtpez(coulure)
• meuf qui rsmbl à jj Annaud

Alors autant pour les deux meufs présentant une ressemblance frappante avec 1. le plus grand génie de l'espèce humaine 2. un quelconque frisé, j'en ai un souvenir ému, en même temps qu'une interrogation sur la suite humoristique que j'espérais voir découler de ces observations, autant pour "imesrtpez(coulure)", je vois pas. Ecrire dans le métro qui bouge avec un petit stylo qui fuit (n'achetez plus de Reynolds) ne prête pas à l'exhaustivité.

J'ai acheté un petit carnet rouge, et quand on le retourne, on lit "café/savon/polente" (les trois choses que j'emmènerais sur une île déserte), puis, plus bas, un laconique "wh.", signe évident de coquetterie lorsqu'il s'agit d'acheter de l'alcool.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 15 septembre 2007

Le directeur était monté dans notre classe, celle des CE2. On a tout de suite senti que c'était exceptionnel, il gravissait rarement les deux étages qui séparaient sa classe — au rez-de-chaussée — de la notre, tout là bas là haut là haut. C'était ce qu'on pourrait appeler un "directeur à la papa", et s'il advenait que notre maître fut demandé au téléphone, plutôt que de monter le prévenir il privilégiait la méthode expéditive, et dans la cage d'escalier résonnait : "Henriiiiii !", et ça voulait dire qu'on avait cinq minutes devant nous pour faire les cons.

Mais il était monté. En plein cours de géo. Je finissais de colorier l'océan Atlantique et j'en avais marre, soyons honnêtes. Autant la Lettonie c'était marrant, autant là... j'ai relevé la tête et j'ai vu qu'il valait mieux que je pose mon Caran d'Ache. Le directeur nous observait, le visage fermé.

- Depuis quelques jours, et ça devient très ennuyeux, il y a un élève de l'école qui euh... bourre les rouleaux de papier dans les toilettes.
(murmure interrogatif)
- Plusieurs fois déjà, la dame de ménage trouve des rouleaux dans les toilettes turques. Je doute que ce soit vous, bien entendu, je pense plutôt aux CM2, donc si vous avez une idée, que vous en auriez entendu parler dans la cour... Parce que pour l'instant je sais pas.
- Ca, à tous les coups c'est l'Arnaud et sa bande ! s'exclama David.

L'Arnaud et sa bande, c'était des CM2 qui avaient redoublé, autant dire que c'étaient les plus grands. La bande à Arnaud était composée du Gros Bouboule (le frère du Petit Bouboule) et de Mickaël. Et c'est vrai que c'est le genre de truc qui leur ressemblait.

- Bien. Si jamais vous avez des informations, n'hésitez pas à venir me voir.

Je ne sais toujours pas ce qui m'avait pris. L'ennui ? Un besoin de reconnaissance ? En tout cas, cela cessa le lendemain. Ca avait pris des proportions ingérables.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 31 juillet 2007

Est-ce qu'il vaut mieux être aimé pour ce qu'on n'est pas ou detesté pour ce qu'on est ?

J'en reste perplexe. Au collège t'avais un paquet de meufs qui se retrouvaient dans les temps libres et qui écrivaient dans leur cahiers de texte des aphorismes de ce genre, coincés entre "Nadia jt kiff trop t ma soeur" et "2mai!!! anniv Mag!!"

Je m'y essayai une ou deux fois sans grand succès, et puis mon côté pas-vraiment-une-meuf-finalement jouait je pense contre moi. Les filles de collège, c'est bien 5mn mais quand tu grattes un peu c'est triste. Ca pense qu'à des mecs beaux de la télé et à se tailler les veines entre elles. Mais les mecs de collège c'est un peu gonflant à la longue aussi, ça pense qu'à la dame aux gros seins sur la revue qu'a acheté le grand frère de Julien et à faire des pétoflammes quand c'est interne.

Moi je voulais ni faire des pétoflammes, ni me tailler les veines. Alors j'allais dans les bois et j'imaginais que je tournais des films entre les arbres. Je faisais une putain de direction d'acteur avec les sapins, mon ami... Et puis la seconde est arrivée, et là j'ai compris mon malheur.

C'est curieusement au moment où ma moyenne en maths a chuté de manière vertigineuse que je me suis aperçu qu'un seul mec me faisait plus d'effet que mille filles.

par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback recommander
Dimanche 6 mai 2007
Hail to the new leader! Long live the new power! Appellez mes parents! Dites-leur que mon passeport est détenu par les autorités portuaires! Dites-leur que je suis vraiment français! Hey hey! Yeeepeeeee!
par Tv39 publié dans : Mais kesskeu ch'fous là ?
ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback recommander
Blog : Photo sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus