Dimanche 30 septembre 2007

C'est en beurrant mes tartines que je me suis rappelé à quel point j'ai toujours eu du mal à me concentrer. Des fois, à l'école, j'oubliais que j'avais cours et je passais une heure a regarder par la fenêtre, et la maîtresse m'obligeait à écrire cent fois des conneries.

Et puis j'ai rangé le beurre. Et c'est quand le beurrier en inox a commencé à faire des étincelles que je me suis aperçu que ce que je prenais pour le frigo était en réalité le micro-ondes.


Samedi 15 septembre 2007

Le directeur était monté dans notre classe, celle des CE2. On a tout de suite senti que c'était exceptionnel, il gravissait rarement les deux étages qui séparaient sa classe — au rez-de-chaussée — de la notre, tout là bas là haut là haut. C'était ce qu'on pourrait appeler un "directeur à la papa", et s'il advenait que notre maître fut demandé au téléphone, plutôt que de monter le prévenir il privilégiait la méthode expéditive, et dans la cage d'escalier résonnait : "Henriiiiii !", et ça voulait dire qu'on avait cinq minutes devant nous pour faire les cons.

Mais il était monté. En plein cours de géo. Je finissais de colorier l'océan Atlantique et j'en avais marre, soyons honnêtes. Autant la Lettonie c'était marrant, autant là... j'ai relevé la tête et j'ai vu qu'il valait mieux que je pose mon Caran d'Ache. Le directeur nous observait, le visage fermé.

- Depuis quelques jours, et ça devient très ennuyeux, il y a un élève de l'école qui euh... bourre les rouleaux de papier dans les toilettes.
(murmure interrogatif)
- Plusieurs fois déjà, la dame de ménage trouve des rouleaux dans les toilettes turques. Je doute que ce soit vous, bien entendu, je pense plutôt aux CM2, donc si vous avez une idée, que vous en auriez entendu parler dans la cour... Parce que pour l'instant je sais pas.
- Ca, à tous les coups c'est l'Arnaud et sa bande ! s'exclama David.

L'Arnaud et sa bande, c'était des CM2 qui avaient redoublé, autant dire que c'étaient les plus grands. La bande à Arnaud était composée du Gros Bouboule (le frère du Petit Bouboule) et de Mickaël. Et c'est vrai que c'est le genre de truc qui leur ressemblait.

- Bien. Si jamais vous avez des informations, n'hésitez pas à venir me voir.

Je ne sais toujours pas ce qui m'avait pris. L'ennui ? Un besoin de reconnaissance ? En tout cas, cela cessa le lendemain. Ca avait pris des proportions ingérables.


Jeudi 30 août 2007

J'ai besoin de sous.


- Bonjour ! Je suis un distributeur multifonctions !
- Bonjour ! Moi c'est Manu, je suis Sound Designer Programmeur, oui c'est bidon comme titre, mais rigole pas trop, multifonctions. Vas-y, fais moi du café ?
- ...
- J'attends.
- ...
- Bon, eh bien tu y réfléchiras à deux fois le prochain coup.


Jeudi 23 août 2007

Quand on est sortis sur le tarmac, aucun bus ne nous attendait. Alors qu'à Charles de Gaulle on avait eu droit à un truc monstrueux avec des portes de chaque coté pour faire 100 mètres. Et puis à Paris on avait eu droit à un A320. Là, à Vienne, on avait droit à un avion Marque Repère©.

Celui ci arborait fièrement une couleur Bleu Vizille, ton inventé par Pépé (1917-2003) pour repeindre tout ce qui pouvait être repeint entre 74 et 88 : balustrade du balcon, chaise en bois, table, escalier, muret, jusqu'à écoulement du stock. Le mélange, hasardeux, reste pour nous un mystère, l'hypothèse la plus plausible restant le mélange de divers tons récupérés ça et là.

Souffrant d'une notoriété moins grande que celle de son cousin, le Bleu Klein, le Bleu Vizille n'en reste pas moins à mes yeux la plus grande découverte artistique du XXe siècle. Pour ceux que ça intéresserait, le code hexadécimal du Bleu Vizille est #00CCFF.

Deux hélices de chaque coté. Lindbergh n'eût pas renié cette merveille du progrès technique. Nous montâmes à bord. Johann Strauss et son beau Danube, bleu lui aussi, nous joua un chaleureux wilkommen en trois temps. Les ceintures se ferment et s'ouvrent de cette façon. Et puis ce fut l'envol. Au décollage, notre engin émit la même plainte que ces avions en perdition, abattus par la DCA en 44.

Et puis les arbres. Le parlement autrichien sans doute. Des villas avec piscines. Des chemins, des rues, des routes, des autoroutes, une voie ferrée. Et puis enfin le ciel.

Bleu.


Dimanche 12 août 2007

Johnny est nerveux. Le vol a une demie heure de retard, mais il ne sait pas que c'est régulier sur cette ligne. Du hublot il distingue tout au bout là bas "CDG2". L'heure locale est 8h35, la température au sol est de 17 degrés Celcius. Quelle idée aussi de quitter Medellin. En plein mois d'août. Si ce n'était ces 10 kilos de coke habilement déguisés en fraises Tagada dans son bagage en soute.

8 heures 43. Le débarquement se fait laborieux. y'a une vieille devant lui qui dégage péniblement son sac à main de la malle au dessus de son siège. Dans deux minutes elle se prend une mandale. Le sac cède. Apaisement.

De courte durée. Johnny a des balonnements. Sans doute dus aux 2 kilos de poudre dans des préservatifs qu'il a avalés dans les toilettes de l'aéroport Cordòva, je suis même pas sûr qu'il s'en soit bien sorti, au reste il ne se base que sur mon imagination. "Thank you for flying with us!" C'est ça, chica, on va attendre. Je serai plus au calme le ventre vide.

Alors qu'il arpente les interminables couloirs vitrés du terminal E, Johnny a soudain un très mauvais pressentiment. Il semble qu'une foule aussi compacte qu'agitée s'est massée à la sortie. Flashs d'appareils photo, éclats de voix, flics en faction, c'est plié. Johnny se sent comme le rongeur cuisinier du film d'animation que j'ai pas envie de voir même si on m'a dit que c'était bien : fait comme un rat. Goutte de sueur, plus d'autre choix. Une chance que les services de sécurité à Medellin puis à JFK furent tant laxistes.

"Bienvenue en France !" s'écrie Luc Chatel. Puis, s'adressant aux journalistes, "voyez vous, si l'on ne donne pas une bonne image de la France dès l'arrivée de ces touristes latino-améri..." Cris. Argh étouffé. Deux balles qui traversent une poitrine comme dans les films, arrosant au passage les gradés amassés là dans leur costard bleu électrique, ce qui compose avec leur paleur soudaine une magnifique création artistique post-moderne des couleurs de la République. Le secrétaire d'Etat à la consommation et au tourisme s'effondre dans la frayeur générale, sonnant le glas de ce qui devait être une chouette party avec brunch.

Johnny, maîtrisé, làche son arme dont il n'a plus l'utilité et rit bêtement de sa méprise.

Le reste est moins intéressant.

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus