Samedi 2 juin 2007

En l'absence de d'sous d'verre, la bière de Raymond avait laissé un cercle aqueux sur le zinc, et Raymond dévoilait ledit cercle chaque fois qu'il se sentait étancher sa soif. Et puis il en rajoutait avec son doigt, il commença par des cercles concentriques, et puis fit le drapeau des jeuzolimpiques, et puis fut à court d'idée et but son demi. C'était très bien et il y avait une chouette ambiance.

Si l'on exclut le manque total d'animation, sinon Paul et Monsieur Jean qui abattaient les dominos sur la petite table du fond et Monique qui grattait une chaise. Riri faisait les mots croisés du Parisien mais le coeur n'y était pas.

"Putaindpeinture !" s'exclama Monique. "J'aurais du les protéger avant de rafraîchir le buffet. La glycéro ca tient bien."

A part René, tout le monde se foutait de savoir si Monique avait taché ses chaises de glycéro ou d'acrylique ; et puis René n'était pas encore arrivé, si bien que Monique s'excitait dans le vide.

"Je vais reprendre un demi, ma chérie, miaula Raymond qui sentait que le cinquième continent commençait à s'évaporer.
- Comin' rèit up, s'exclama Monique qui avait été bartendeuresse à Aberdeen.
- Je veux, répondit Raymond, qui avait été client à Melun depuis 1962.
- Ca sent la glycéro ! nota René, qui venait d'arriver.
- Te voilà toi ! (regard lourd)
- Quoi me voilà moi ? (regard léger)
- Tétépaçansévniraneuveur ?
- Arrête d'écrire comme Queneau, ça le dessert pas.
- En dessert y'a de la crème caramel chcrois, du-fond-lança Monsieur Jean qui n'avait pas suivi toute la conversation.
- Et puis j'étais occupé. J'ai aidé le fils au Totor à mettre ses affaires dans la camionette.
- Il part au camp de vacances à la Bourboule stannée aussi ?
- Non il s'en va de vrai. Il déménage. Il va à Paris.
- Bintiens. Totor il en dit quoi ?
- Totor il en dit trop rien. Il a viré le gamin parce qu'il est gaÿze.
- Il est quoi ?
- Il est gaÿze.
- ...
- ...
- Merde c'est pas compliqué, il est gaÿze quoi, c'est un interverti, vous regardez jamais la télé ?
- Ah, c'est une tarlouze ! simplifia Paul.
- Un hormosessuel, précisa Monique, décidément Queneauphile.
- C'est une grande saucisse qui aime prendre du côté pile, ajouta Monsieur Jean qui à l'occasion écoutait du MC Jean Gab'1.
- Oui si vous voulez, coupa René. En tout cas il s'en va.
- Il aurait dû ouvrir un salon de coiffure, murmura Monique, pensive, le regard perdu à travers la vitrine, l'index aux mouvements giratoires dans sa chevelure d'ambre.
- Moi je m'explique pas, commença Riri, comment les gaÿzes, poursuiva Riri, ils font pour baiser plus que nous, finissa Riri.
- Peut être qu'ils zont pas ta femme ! dit Monsieur Jean.
- Ahr ahr t'es con, dit Paul
- Je déconne pas. J'avais vu un reportage dessus chez le droit dsavoir et ils montraient un jardinier communal, le matin il retrouvait des gaÿzes dans le troènes, et ils avaient pas beaucoup de vêtements.
- T'es sûr quand même, René, parce que le fils au Totor c'est pas non plus une danseuse, il a conduit le tractopelle pour les travaux à Paulo.
- Eh ! c'est vrai ! Si j'avais sû je lui aurais pas laisser passer les vitesses ! Eh, parce qu'il faut pas qu'ils adoptent, hein. Moi vivant ils se marieront pas à l'église avec les robes et le riz et les photos.
- Vous mélangez tout, Paul, dit Monique.
- Qu'est-ce qui vous arrive ?
- Je vous dit que vous mélangez tout !
- PLUS UN GESTE ! hurla le Père Noël qui venait de faire son entrée par la grande porte (celle de devant). De son imposante pogne gauche il avait un de ses lutins qu'il tenait par les cheveux, de la droite un flingue au canon scié qu'il appuyait avec insistance sur la tempe du pov petit qui avait pas l'air en forme.
- Le fric ! File moi le fric, bordel !

Le lendemain, dans le journal local, on salua sa capacité de diversion. Le Noël suivant, dans la nuit du 24 au 32, et alors que Papa Nono dégustait une dinde aux marrons sèche dans sa cellule de la centrale des Baumettes, on ne déplora aucun viol sur mineur de moins de quinze ans, contrairement aux autres années.


Mercredi 23 mai 2007

Il était 22.59. Je longeais le parc des Buttes Chaumont sur le trottoir de la rue Botzaris lorsque j'ai vu ce trio composé d'une petite fille avec beaucoup de cheveux disposée en éclaireuse et d'un couple de femmes d'un âge certain, comme il est de coutume de dire lorsque l'on pense : pas super vieilles mais pas jeunes non plus faut pas déconner.

Le genre de quarantenaire à mener une vie néanmoins animée et ponctuée de sorties, n'étaient elles pas de fait en train de longer le parc des Buttes Chaumont à 22.59, à l'heure où il est convenu pour la maîtresse de maison de prendre congé auprès de son entourage afin de "mettre la viande dans le torchon" (N. De Rotschild, La bienséance c'est pas pour les peigne-culs, Ofup, 1973).

Je restais intrigué par la masse capillaire de l'élément mineur du groupe lorsqu'une des dames stoppa net à ma hauteur et s'exclama :

"Oh ! mais c'est le type de la télé, là, Patssi, non, Pastis, ah...
- Non, précisai-je, ce n'est pas lui mais je lui ressemble
- Demande lui un autographe, dit la deuxième dame qui ignorait sans doute que l'écoute prolongée d'un  baladeur au volume maximal peut entraîner des pertes d'audition.
- Oh, non, ah ah ah ! t'es folle", fit Gonzesse #1 qui semblait atteinte du même syndrôme èmpétroisque.

Quand ceci fut fait, je poursuivis mon chemin en me souvenant de ce septembre brûlant à Lyon où l'on me surnommait Patsi ("parce que Patxi c'est déjà pris"), quand un chien attaché à une grille me fit valoir ses arguments, en l'espèce des crocs menaçants.

Après il y a eu une Twingo immatriculée dans le 94. Quand au reste, ça n'a aucune espèce d'importance.


Mercredi 16 mai 2007

La parole est à François-Marie Arouet, dit Voltaire, pour un message de tolérance.

... Hmm... Un deux, un deux... check ? Bon. Mes chers amis. Vous le savez, je suis super cool. Et quelles que soient vos opinions, vous le savez, je peux être en désaccord total avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. Ouaaaaais !

- Tenez, monsieur par exemple, allez-y. Dites un truc.

- Ben moi, je dois vous dire, j'ai un pêché mignon, j'adore tripatouiller des ptits zenfants. Mmmh ! avec leurs ptites fesses rhaaa la la c'que c'est chouette. Vous pourriez vous battre jusqu'à la mort pour me procurer un nourrisson ?

- ...Jeuuuuh... Je viens de me souvenir que j'avais un gratin au four, bougez pas de là je reviens tout de suite.

(bruit d'une voiture qui démarre en trombe)


Vendredi 11 mai 2007

On sous-estime la cruauté entre enfants. Bien entendu, je ne base cette affirmation sur aucune preuve tangible, mais sur l'enfance de mon frère. Par raport à moi.

On jouait. On riait. Au fil des discussions, on tissait ce que l'on appellerait aujourd'hui des "private djokes". Nous nous sentions uniques. Nous nous sentions unis. Et rien n'aurait pu briser cette union.

Si ce n'est qu'en public, cette union se trouvait irrémédiablement mise à mal. Subitement, l'un de nous faisait une référence en clin d'oeil à l'une de nos complicités, quitte à dire une énormité, mais soudain l'autre se mettait à le toiser d'un air faraud en feignant se demander ce qu'il avait bien pu arriver à son frère.

Les enfants sont cruels.


Dimanche 6 mai 2007
Hail to the new leader! Long live the new power! Appellez mes parents! Dites-leur que mon passeport est détenu par les autorités portuaires! Dites-leur que je suis vraiment français! Hey hey! Yeeepeeeee!
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