Mercredi 18 juillet 2007

Il est huit heures trente, rue Charles Nodier. J'ai mal. Pas mal, genre, je me suis tordu la cheville, non, mal comme j'ai mal depuis six mois presque continuellement. Aïe. Mais j'ai la baraka. Hier soir, j'ai eu ce que j'appelle "l'onde joyeuse". La piètre appellation de ce concept s'excuse dans la mesure ou je suis le seul à la connaître... Merde. Bref. L'onde joyeuse, c'est quand tu prends le métro avec trois ou quatre correspondances et qu'il arrive tout de suite, que tu trouves à t'asseoir, que quand tu sors il fait beau et qu'il reste du pain frais à la boulangerie. Donc j'étais content.

Il est treize heures. Tiens, si on bouffait éthiopien. Je traîne les pieds, je voulais un sandwich, et puis c'est nouveau, ils prennent pas encore les tickets resto. Et puis je sais même pas ce qu'ils servent, je connais pas. Mais bon, on est six, pourquoi pas. Et je regrette pas. C'est bon cette connerie. Comme un indien, mais avec des crêpes. Un genre d'indien en rade de Brest. La baraka.

Il est quatorze heures. J'ai mal. Pas mal genre comme j'ai mal depuis six mois, plutôt comme depuis dix minutes, arrh arrh ca brûle, et puis ca me gratte dans le dos. Putain je suis pas rouge ? Si hein. Bouge pas je vais faire un saut à la pharmacie, voir s'ils n'ont pas de Rennie, je vais prévenir en haut. Pharmacie.

- Le mieux, je vous dis... Non, le médecin ne répond pas. Le mieux c'est que vous alliez directement aux urgences, à Saint-Louis.

Il est quatorze heures trente, ligne 11. J'ai chaud. J'ai comme un moustique géant qui m'a piqué. Dès l'entrée de Saint-Louis je suis la ligne jaune matérialisée au sol qui conduit à l'accueil des urgences. "Bonjour ! Laissez moi deviner, vous cherchez un dermato.
- Euh, en fait je crois que je fais une réaction allergique à ce que j'ai mangé à midi.

Il est quatorze heures cinquante deux, en salle d'attente. Je soulève ma chemise. Là, j'ai les boules. Je sais pas à quoi ressemble ma gueule mais si c'est identique au ventre il y a de quoi s'affoler. "Bien. Je vais prendre votre tension... Mh... Six quatre. Mh... Ca vous démange là ?
- Eh bien pour être honnête, assez oui, et là c'est bizarre, je ne vois plus rien, ouh, les papillons, y'a comme un voile.
- Monsieur, vous m'entendez ?
- Hein ?
- Monsieur ? On va vous mettre sur le brancard, attention... voilà, reculez un peu... Monsieur ?"

Il est quinze heures dix, en salle de réa des urgences. J'ai une intraveineuse à chaque main, je ressemble à un Muppet, et comme j'ai du mal à respirer on me met un masque avec pulvérisation.
- Dites, c'est normal que j'aie les bras qui remuent comme ça ?
- C'est l'adrénaline, vous inquiétez pas.
L'interne est mignon, ça me rassure, ça veut dire que je vais mieux.

Il est dix-huit heures trente, en salle de réa. On attend toujours que je reprenne une coloration normale. J'ai oublié de leur dire qu'à ma livraison, le seul coloris disponible était "mousse de saumon", contrairement au reste de ma famille qui a été livré en "châtaigne métallisé". A ma droite il y a un kit de lavage d'estomac en trois tailles, 12, 14 et 16. Il y a aussi une boîte de spéculums.

Il est dix neuf heures et on m'installe chambre 5. J'en profite pour sortir fumer une cigarette, j'ai fière allure avec ma perfusion (j'ai négocié le départ de la droite) et mon beau ptit pyjama griffé APHP. On dirait un adolescent en échec de tentative de suicide.
Quand je rentre dans ma chambre, mes affaires ont disparu. Je conclus rapidement que c'est normal, pisque là, chuis chambre 7.

J'ai faiiiim. Les aides soignants me disent que ha bon ? Et puis ils s'aperçoivent que c'est la chambre 1 qui est à jeun, d'ailleurs Monsieur Lherbier est déjà monté à l'étage pour sa pancréatite. Moi j'ai pas de pancréatite, je suis en bonne santé, ma perf est juste là pour faire joli, Chlorure de Sodium 0,9%. Bon. Du sel quoi. J'ai un litre d'eau de mer qui coule. Naze. Le monsieur de la chambre deux il a : un masque, des petits patins en plastiques, deux poches de sérum, une grosse seringue à moteur avec écran LCD et des boutons lumineux.

L'infirmier de nuit vient me voir, mmmh, il me prend ma tension température rythme cardiaque, me dit qu'il faut pas que j'hésite à appeler les infirmières, "d'ailleurs", ajoute-t-il, "cette nuit y'a que des infirmiers." J'arrive pas trop a dormir parce que vers 3 heures, j'entends "pousssssez Madame, poussssez !" mais je crois pas que la vieille dame de la 6 attend un bébé. Après c'est le déjeuner, et comme j'ai été sage j'ai le droit de rentrer chez moi.

J'ai un arrêt de travail ! (plein de points d'exclamation !) Je vous dis, j'ai la baraka.


Samedi 7 juillet 2007

En une semaine et demie, j'ai appris à me mettre dans des positions improbables pour éviter que le micro soit dans le champ de la caméra.

En une semaine et demie, j'ai appris qu'après la pluie vient le beau temps. Mais au bout d'une semaine et demie.

En une semaine et demie, j'ai appris à convaincre un réalisateur en herbe de remplacer des scènes d'exterieur, pieds dans l'eau, à 2km de toute vie humaine par des scènes d'intérieur. Ouf, j'ai envie de dire.

En une semaine et demie, j'ai appris que suite à la mort du chat, mon frère a fait un slam en disant que la prochaine fois, il préfèrerait avoir un golden retriever.

J'ai envoyé des vidéos sur le service TV Perso de Free, more to come comme on dit chez les rosbifs, si vous avez Free, c'est la chaîne numéro 13, puis faites une recherche avec comme mot clé "tv39". N'hésitez pas à mettre la meugz d'étoiles pour dire que vous êtes content, afin que je puisse après me la péter en disant "ouais, j'ai des zétoiles".

 


Vendredi 22 juin 2007
Driiing.
Cric crac.
- Salut.
(Oh non j'ai pas envie de te voir) - Mmmlut.
- Je suis venue parce que... Oh t'as pas l'air d'avoir la forme.
(Ben oui, j'ai pas envie de te voir) - Oui offf je rmblleffff...
- Je suis désolée de te déranger, mais j'ai un problème avec mon nain ternaite.
(Oui et alors ?) - Attends je vais éteindre le feu en dessous de la casserole.
- Alors parce que tu vois, d'un coup, internet ca a brusquement...
(Mais pourquoi tu vas dans mon salon ? Et pourquoi ton chat te suit dans mon salon ?)
- Et internet, nanani et tout,...
(Aaaargh)
- Mais si ça va pas, pourquoi t'en parle pas ?
- Parce que je veux faire chier personne (Parce que je préfère faire chier mes lecteurs).

Dimanche 10 juin 2007
- Tu m'as dit que t'étais homo c'est ça ?
- Euuh oui, chépu.
- C'est marrant j'ai plein d'amis homos. Chuis entourée d'homos.
- Enfin je l'ai pas fait exprès, ça s'est trouvé comme ça quand j'ai déménagé.

Jeudi 7 juin 2007

Nous étions en CM1. Nous étions en classe de mer, nous étions à Quiberon. Dans la chambre nous étions cinq, et il y avait Alban, et lui il était con.

On a défait les valises. Guénolé il avait un doudou ! On a ri. Il a pleuré. On a ri. Ensuite, le mono qui s'appelait Stéphane, il nous a expliqué pour les lessives. C'était rangé par chambre et il fallait notre nom dessus et on a dû remplir un trousseau, alors que les grands ont eu le droit d'aller à la mer.

Nous ensuite on est restés dans la chambre et on a sorti nos affaires et j'ai sorti le livre sur Croc Blanc en Folio Junior. J'ai essayé de le lire, mais déjà dans le bus ça m'avait soûlé, et puis d'abord je l'avais pas choisi ce livre. Je voulais le dictionnaire mais maman avait dit que non. Alors j'ai retourné le livre et j'ai voulu faire les jeux, mais pour la majorité il fallait avoir lu le livre, alors j'ai relié les points et ça a fait un chien

Après Julien s'est battu avec Alban, et Alban lui a tiré les cheveux, alors Julien lui a foutu une claque. Après Alban a boudé, mais ensuite il a pris ses paires de chaussettes et nous les a envoyées dans la figure, et ça ma déconcentré, et j'ai loupé l'oreille du chien. Après il a lancé une paire en direction de Stéphane et elle est pas retombée, alors on a regardé partout mais finalement c'était chiant alors on a arrêté.

Ensuite on s'est couchés et on a regardé le plafond, et le maître est venu pour éteindre la lumière, et il a dit "ça pue", et on a dit "c'est les pieds de Guénolé" et il a dit "non, c'est du brûlé", et il a regardé autour, et dans une lampe sur le mur, il a trouvé les chaussettes d'Alban avec un gros trou noir dedans. Il a dit qu'il nous avait sauvé la vie, qu'on aurait suffoqué, mais il me semble que quand on éteint une lumière, les chaussettes dessus cessent de brûler.

Mais ça avait l'air de lui faire plaisir alors on lui a dit merci.

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