Vendredi 4 février 2005

Soucieux de délivrer au monde entier des secrets de famille, je ne peux résister ce soir à vous conter celui ci. Je suis conscient que ce genre de secret de famille, le monde entier n'en a rien à battre, mais après tout je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas, et puis de toute façon vous pouvez fermer cette fenêtre.

Parmi les caractéristiques originales de mon père se trouve sa propension à chanter des chansons inconnues, et qui plus est à doses homéopatiques.

C'est à dire qu'il commence à chanter, deux ou trois vers, puis subitement s'arrête et reprend depuis le début. Et ce depuis aussi longtemps que je le connais, c'est à dire en gros 22 ans (en gros).

Ce n'est pas faute de lui avoir fait remarquer que chanter 5% d'une chanson dont la production a du coûter plus que les droits d'auteurs effectifs s'avère contre-productif, voire agaçant, voire super chiant quand on est pas en forme. Il continue quand même.

L'une de ces chansons est de Nicolas Peyrac, dont la liste des menbres du fan club est disponible sur simple Post-it et encore pas les plus gros. Nicolas Peyrac, pour ceux qui savent pas, partage avec Laurent Voulzy la particularité d'avoir les incisives écartées. La comparaison s'arrête malheureusement là.

Je me rappelle avoir vu un film des années 80 starring Pierre Tornade et Bernard Ménez ou subitement, coupant net le rhytme, Nicolas Peyrac apparaissait sur une scène ouverte devant une vingtaine de spectateurs pour chanter So far awayyyy from L.A.....

Ne jamais négliger un beau-frère réalisateur si jamais vous voulez grossir le nombre de votre auditoire.


Jeudi 3 février 2005

"Mon coeur est français mais mon cul est international !" avait dit Arletty, à qui on reprochait sa liaison avec un officier allemand pendant la seconde guerre mondiale.

La petite histoire veut que lors de son procès, faible et pâlotte, au président qui lui demanda comment elle se sentait, elle répondit :

"Bof... pas très résistante."

Je ne l'invente pas. C'est une anecdote que j'ai trouvée parmi les fabuleuses histoires de Jean Marc Epinoux, dans des recueils de nouvelles incroyables (mais vraies) appelés Curiositas (éditions N°1). Cherchez pas, ça n'existe plus.

Dans ces chefs d'oeuvres de la littérature moderne se bousculaient maints illustres auteurs tels que Pierre Bellemare, Jacques Antoine, Marie Thérèse Cuny (on ne rie pas, SVP), et même je crois me rappeler Annie Girardot, chacun racontant une histoire fantastique (mais vraie) en édulcorant un peu mais c'est pas grave.

Tel, ce chauffeur de taxi que l'on accusa à tort d'être le père de l'enfant d'une femme qu'il avait conduite à la maternité ; une paternité impossible puisqu'il avait les couilles atrophiées à la suite d'un accident de couilles (authentique).

Telle, cette femme qui tua de sang froid ses huit maris dont un avec une hache, pour rigoler (incroyable mais vrai).

Ou ce chien abandonné sur l'A42 au niveau de la sortie Pont d'Ain et qui retrouva seul son chemin vers ses propriétaires à Maubeuge, qui dès le lendemain le perdirent un peu plus loin (le croirez vous ???)

De temps en temps, Jean Marc Epinoux distille quelques anecdotes dont lui seul à le secret, et dont 75% environ concernent Sacha Guitry (le maître incontesté des misogynes dont la vivacité d'esprit ne transparaît plus guère aujourd'hui que dans les papillotes Révillon ou les billets d'humeur de Philippe Bouvard, quelle cruauté) et Georges Courteline, dont l'humour très IVe République contrasterait aujourd'hui grandement avec Le lâcher de salopes de Jean Marie Bigard.

J'en ai passé des nuits à lire ces conneries, alors que Zola, non. Zola n'a jamais lu Curiositas. Non, attends c'est pas ça que je voulais dire. J'ai jamais pu lire Zola, voilà. Sans doute parce que Zola joue trop sur le coté réaliste.

Je laisserais bien de la place à ma soeur pour qu'elle nous raconte des histoires que j'me rappelle pus, mais elle n'est pas là pour la semaine, donc le problème est réglé et ce paragraphe sans intérêt sinon celui de rajouter du texte et rendre la note en apparence beaucoup plus détaillée, amenant le fainéant atavique voyant le nombre de lignes à ne pas entamer une lecture que de toute manière il ne mérite pas.


Mercredi 2 février 2005

"Regarde ce que j'ai acheté à Manchester ! Tu mets le lait là, t'appuies sur le bouton, et hop, le truc en bas du verre ça tourne. Alors le lait, hop ! il monte, et ça fait de la mousse ! Après tu verses le café, ça fait chplouf chplouf et ça se mélange"

Mon enthousiasme avait peine à convaincre ma colocataire théophile* de l'utilité dudit bidule, acheté il est vrai ce week end chez Poundsaver, le pendant britannique du tout à dix balles. Pour seulement une livre, on a le choix entre dessous de verre en PVC imitation cristal, DVDs avec deux films pas connus dessus, petits claviers électronique d'influence Bontempi en moins avancé, et ces petits mousseurs de lait fort inutiles et c'est bien là leur charme.

Je ne mets jamais de lait dans mon café. C'est à mon sens une véritable hérésie que l'on ne retrouve aujourd'hui que chez de rares obsessionels non sevrés à qui il manque toujours à 45 ans leur dose quotidienne de lactose. Au pire, étendons cette tare à l'ensemble de la population anglaise. Mais moi, non. Noir. Euh blaque cofi, plize.

Aujourd'hui j'ai donc la possibilité de faire mousser du lait que je ne boirai pas. Quel luxe !

"Alors t'as vu, pour le nettoyer, c'est encore plus facile. Tu mets de la flotte, une goutte de Paic citron, et t'allumes, il se nettoie tout seul. C'est pas magique ? Et tout ça pour une livre !"

Sans se départir, en bonne britiche, de son phlegme (je ne me sépare moi même jamais de ma baguette sous le bras), ma colocataire demanda seulement :

"Mais il a qu'une vitesse ?"


Lundi 31 janvier 2005

Ah oui j'avais oublié de vous dire. Bon je vous le dis et puis après on referme le dossier parce que c'est lourd (remarque rhétorique trahissant plutôt un manque d'inspiration ce soir).

En plus d'avoir des goûts musicaux que je me fais une joie de critiquer régulièrement ici, voilà que mon colocataire se met à chanter par dessus.

Imaginez. Une attaque, genre symphonique. Des ptits violons, des pipeaux, des trucs symphoniques, quoi. Puis, tout à coup, un mec qui siffle. C'est mon colocataire.

Du coup je l'imagine à l'opéra, en fredonnant la mélodie d'une voix affirmée, avec du retard et deux ou trois demi-tons d'écart, sinon c'est pas drôle.

C'est proprement effrayant, et j'en sais quelque chose puisque moi-même je braille régulièrement sur la Valse des Fleurs de Tchaïkovski surtout quand ça fait "la la laaa la laaaa; la la laaa la laaaa, etc. etc."


Jeudi 27 janvier 2005

Il est grand, carré, toujours costume cintré, la démarche séquentielle -- et c'est bien le seul épithète que je puisse trouver -- si bien que certains le surnomment 'Robocop'

Lui se prend plutôt pour James Bond, et puis ça tombe bien puisqu'il est d'origine écossaise. L'accent de Sean Connery l'attendait donc à bras ouverts, si bien que je me demande parfois pourquoi lorsqu'il parle on dirait plutôt Spud sous acide dans Trainspotting.

Il possède une arme. Ce n'est un secret pour personne. Demandez au moindre gosse que vous rencontrerez, il vous donnera le calibre et même la réference dans le catalogue The Outilleur from Auvergne.

Le voilà qui approche, l'air méfiant, le regard en coin. Dave - car c'est lui - attend-il son prochain ordre de mission, vers des destinations inconnues ?

Eh bien non. Dave, c'est le prof de techno, et il attend les bulletins des Year 10 pour mettre ses appréciations. Mais dans sa classe il a collé les affiches de tous les James Bond depuis 69. Et si la direction ferme les yeux sur le gun rangé soigneusement dans son casier, c'est pour éviter de jeter l'opprobre sur une école déjà salement amochée.

Je pourrais l'aimer, Dave. Rien qu'à sa façon de passer dans les couloirs, de taper la discute à des gamins qui se foutent de sa gueule dès qu'il est parti, il pourrait m'inspirer la sympathie.

Seulement un matin dans le hall, en assembly, devant toute l'école,  et parce qu'il pensait que ce serait désopilant, il a sauté sur le Steinway, un magnifique piano à queue sur lequel j'ai quelques fois la chance de jouer quelques notes.

Depuis Dave ne m'inspire qu'un profond mépris.

 

Me cherchez pas avant lundi, je pars à Manchester voir Gisèle. On va encore se bourrer la gueule, tout ça nous donne une belle image de la jeunesse...

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