Vendredi 27 mai 2005

Je voulais enregistrer l'annonce de sécurité. C'était ma dernière traversée tout seul, et comme les dernières fois je l'avais toujours ratée, je comptais... Quoi ? Oui, je voulais enregistrer l'annonce de sécurité du bateau avec mon minidisc. Je ne vois pas ce qu'il y a de bizarre là dedans. C'est pas comme si je collectionnais les mouches mortes ou les slips de Dalida, merde. La tolérance, vous, ça vous passe au dessus.

Je m'installai donc dans un de ces confortables fauteuils vissés au sol, sortis le matériel, le micro, tout ça, je dissimulai l'ensemble sous un journal afin d'éviter qu'un quelconque quidam ne réclame des royalties au nom du droit au son. Là, j'attendis patiemment le do-mi-sol annonçant l'annonce qui annoncerait les consignes de sécurité ; ah non c'est pas vrai, si.

Mais à l'arrière du bateau, les moteurs faisaient rage. Et ce bourdonnement incessant risquait de rendre l'enregistrement peu sonogénique. Je me levai pour chercher un autre endroit plus propice à la prise de son. Malheureusement, les automobilistes du pont n°6 venaient de faire surface, et il apparut soudain impossible d'y arriver dans les temps. La passerelle était rangée, le capitaine allait faire un petit coucou avant que nous quittions Calais, bref c'était foutu.

Elle me prit de court. Ses notes, tout d'abord : sol-si-ré. J'errais comme une âme en peine, un couteau dans le coeur et le micro à la main, et sa voix suave soudain suinta salement au lointain.

- This is a lost property announcement. Mister Tv39, Mister Tv39 is required at the Information Desk near the main stairs on deck eight to collect his passport. Mister Tv39, thank you. Cette annonce concerne les objets trouvés. Monsieur Tv39, Monsieur Tv39 est requiert au information desque à côté des escaliers de la main sur le pont huit pour collecter son passporte. Monsieur Tv39 merci.

J'ai enregistré l'annonce de sécurité. Mais je vous la ferai pas écouter parce que vous vous êtes foutus de ma gueule talleur.

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Mardi 24 mai 2005

Je ne supporte plus les systèmes automatiques. C'est pas encore pour me la jouer "le monde est contre moi", mais voilà, ils ne m'aiment pas. Je suis trop petit, trop maigre trop blond, trop ordinaire pour eux.

J'essaye de les comprendre, d'imaginer leur fonctionnement, de me mettre à leur place, mais à chaque fois c'est toujours la même histoire, je suis rendu à mimer le vol du colibri sous les séchoirs automatiques des chiottes de la gare.

Aux entrées des supermarchés, j'approche la main pour pousser les portiques automatiques. Généralement ils ne l'attendent pas, ma main, et s'ouvrent, prétentieusement, sous les yeux du vigile en costard. A l'inverse, c'est quand je rencontre un portique mécanique que je ne ferai rien, alors forcément je me le ramasse, dans les, dans les, voilà, sous les yeux du vigile en costard, qui ne se formalise plus (ils finissent par me connaître).

Le dernier exemple en date s'est produit au terminal car ferry de Douvres, dans la zone douanière où (encore une fois) des types en costard me posent des questions stupides :
- Bonjour Monsieur, vous allez où ?
- Ben, chez moi.
- Vous venez faire quoi au Royaume Uni ?
- Finir mon boulot au lieu de profiter du soleil.
- Vous faites quoi ici, Monsieur ?
- Je paye des taxes.
(Ca les énerve quand je dis ça)

Donc j'entrais dans la zone douanière, lorsque la porte automatique s'est refermée entre mon sac à dos et moi. L'air d'un con, bien entendu, mais l'habitude, encore une fois... Si le type derrière moi ne m'avait pas libéré en faisant rouvrir la porte, j'y serais sans doute encore.

J'ai cru faire une syncope jeudi soir en allant aux toilettes dans le TER, tout était automatisé, mais quand je dis tout, c'était vraiment tout, la porte, le robinet, la chasse, le PQ, à s'en désoler que notre pipi soit en comparaison si ringard. Alors bien sûr que c'est plus propre, la flotte qui s'allume toute seule, ça évite qu'un tas de connards au doigts pleins de pisse tripatouillent le même robinet, je discute pas. C'est bien. Pour les autres. Parce que pour moi, de toute façon, il s'allume pas. Alors t'as vu, niveau hygiénique, c'est pas les mains d'Edouard Balladur. J'en fais quoi, moi, de mes doigts ? Je les lèche ?

L'accès soudain de vulgarité dont je vous fait part à cette heure n'est -- vous l'aurez compris -- que la manifestation d'un désespoir aigü d'un jeune homme à qui le monde n'apparaît pas comme adéquat, voire accueillant, mais c'est aussi parce que j'aime bien le goût du pipi, c'est un ptit peu salé, j'aime bien.

Donc, je n'aime pas les systèmes automatiques. Mais j'en rencontre de plus en plus. Et comme cette tendance n'en est qu'à ses débuts, on finira sans doute par me retrouver victime d'un suicide, pendu à un distributeur de savon.

par Tv39 publié dans : Ca n'arrive qu'à moi et c'est pas des conneries
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Mardi 12 avril 2005

Bon, voilà voilà, je suis rentré. Retour donc de la logorrhée quotidienne qui prouve une fois de plus que l'on peut concilier avec brio quantité et euuuuh... bref.

Rentré en Angleterre où je me fonds dans la masse avec ce style que l'on dit britiche -- mais qui n'a fait effet jusqu'ici qu'en France, allez savoir pourquoi -- conjuguant romantisme et désinvolture, cheveux au vent et regard noir, même si mon romantisme en rodage tient plus aujourd'hui de Jérémy Châtelain que de Châteaubriant (bouark). Ce ne peut que s'améliorer avec le temps, s'il ne tenait qu'à ces cheveux d'arrêter de se foutre en travers de ma gueule, et que j'y vois plus rien, et qu'après j'ai l'oeil qui pique.

Bon, alors de quoi qu'on cause aujourd'hui ? Nous passerons sur un long voyage durant lequel une fois de plus je n'ai pu m'empêcher de jouer à l'étranger. D'habitude Anglais parmi les Français et Français parmi les Anglais, j'ai cette fois poussé le vice jusqu'à lire dans le train un exemplaire de La Repubblica. Ah ah ! Je les ai bien eus !

Je ne m'étendrais pas non plus sur cet incident au terminal car-ferry de Calais qui m'a valu d'être la risée de toutes les personnes présentes dans le hall (environ une, mais bon quand même). Bon, je sors pour fumer une clope, la porte automatique s'ouvre pas. Je recule, bouge sur le coté, elle s'ouvre. Je vais pour sortir, sa mère, elle se referme. Grand mouvements de brasse coulée. Heureusement que j'ai arrêté les séances d'UV, un voyageur curieux aurait me prendre pour Bruno Vandelli en pleine démonstration de la chorégraphie du remix hip-hop du grand classique de Bourvil, Elle me fait pouet pouet.

Alors j'avais pas faim, mais j'en avais plein le derche. Je décidai donc de m'accorder un répit, aussi vénal soit il. Oui je suis comme ça. Quelque fois je m'offre même des fleurs. Alors je rentre dans le restau le plus cher du ferry. Voilà. Chuis un ouf. Bon. Je parle anglais à la serveuse française, première connerie, mais ça va, je commence à m'y habituer.

Serveur. Carte. Ca a l'air chouette. Dommage que je ne comprenne qu'un mot sur deux. Au reste j'en profite pour remercier toute une génération de profs d'anglais grâce auxquels j'ai tout le vocabulaire nécessaire pour théser comme antithéser sur les réserves d'indiens ou la couche d'ozone.

Alors y'a le char-grilled vegetables que ça a l'air d'être des légumes, très bien, je prends. Puis arrive mon assiette avec en plein coeur (tenez vous bien) un putain de steak sanguinolent ; à sa seule vue, même le père Dodu en eût rougi. Mais alors le truc, monstrueux. Puis tout me revint, comme un flash back. Alors, attention : flash back.

(Bon, on n'a pas le temps, je traduis)

Le serveur : Bonjouuuuur ! (il était genre mielleux)
Moi : Bonjouuuuur ! (je sais m'adapter)
Le serveur : Vous avez choisiiiii ?
Moi : Ouiiiii, je vais prendre le char-grilled... euh... voilà.
Le serveur : Char-grilled steak, très bien. Quelle cuisson ? Saignant ?
Moi : Oh, oui. (logique, pour des légumes)
Le serveur : Et en accompagnement ? Légumes ou salade ?

J'ai pris salade car des légumes pour accompagner des légumes, cela ne se fait point, n'est-ce pas.

Alors me voilà devant ma bidoche qui palpiterait presque. Problème : je ne mange pas de viande. Hein ? Ben si, non ? Hé ? Clash des deux ptites voix intérieures :

Ptite voix intérieure 1 : Refuse ! T'as demandé des légumes ! Fouzy en travers de la gueule ! Tabarnouche, bouge-toi le fion !
Ptite voix intérieure 2 : Accepte ! T'aimes bien le boeuf ! Le restau va bientôt fermer, va pas encore les faire chier ! Pis rajoute un pourboire à la fin. Et puis demande si tu peux pas ramasser les miettes tombées sur la moquette avec ta bouche pour les aider à nettoyer. Tabouère, bouge toi le fion !

Qui vais-je écouter ? Vous le saurez tout de suite vu que je ne compte pas m'épancher éternellement sur cette anecdote marine.

J'ai donc mangé mon steak. Eh ben c'était vraiment bon. Un repas chouettement sympa, à mater le couchant reflété sur une mer d'huile se cachant peu à peu derrière les hauteurs -- s'il en est -- de Folkestone.

Comme dans les histoires de Babar ou dans l'évangile selon le type vachement louche qui fait le catéchisme à l'école, tout est bien qui finit bien. J'ai bien mangé, et le serveur a pas calculé que j'étais français. J'admets cependant qu'au niveau du pas-calculage, je remportai le championnat haut la main.

Seulement voilà. Je n'ai plus aucune crédibilité. Je ne pourrai plus dire quoi que ce soit sans que l'on me brocarde à gros renforts de rires gras, avec pour ultime remballe : "Ah ben toi, t'façon, rappelle toi le steak". En plus ça a moins de gueule que le vase de Soissons, imaginez ma douleur.

Seul répit, mes parents, qui ne lisent pas mon blog. Non pas parce qu'ils n'ont pas accès à Internet, mais parce qu'ils s'en foutent [s'émouvoir ici]. Or mes parents, et ma mère en particulier, seraient particulièrement friands d'une telle révélation.

Je recommanderais donc à ma fratrie de bien vouloir fermer leur gueules s'ils souhaitent conserver un semblant d'unité familiale. Je ne menace personne, mais je précise que j'ai de coté quelques gros dossiers, de quoi faire sauter quinze fois la république. Et je suis pas du genre à bouffer des cartes SIM ou à mourir avant les procès, moi.

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Dimanche 13 mars 2005

Comme il était con, il avait attendu le dimanche pour s'apercevoir qu'il était vraiment malade. Il était donc allé aux urgences et ce fut bien le seul endroit en ville où l'on put dispenser quelque conseil médical.

Alors qu'on le fit patienter dans un petit espace, genre cabine d'essayage en plus grand, il compara le bras cassé de ce gosse ou cette gamine vomissante à sa fièvre, tant élevée fut elle, et se trouva d'autant plus con.

Voilà il avait la grippe et alors ? Ils allaient pas faire des miracles. Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'ils allaient dépêcher Pierre Tchernia qui allait vanter les mérites de la vaccination chez les seniors ? Ben non c'est même pas logique, il n'était pas vieux.

Un type passa vaguement devant lui, puis revint en arrière, sourit, se présenta en arborant son badge, puis tira le rideau (je vous avais dit que c'était comme une cabine d'essayage en plus grand). Le médecin (car c'était lui) s'assit.

- Bon alors comment ça va ?

- Eh bien, euh, je crois que j'ai la grippe, et ça a commencé... mmmh... vendredi... le paracétamol ça marche plus, et je tremble, et euuuh...

Il se sentait retourner en 5e, Unit 4 Lesson 7, I think I've got flu. Et c'est alors qu'il cherchait ses mots que le médecin décida de lui caresser le genou. Doucement d'abord, puis dans un mouvement beaucoup plus langoureux.

Il n'en revenait pas. Il n'était pas offusqué, non, il en avait vu d'autres, il croyait juste que ces choses là n'arrivaient jamais dans la vraie vie. Et face à ce qui ressemblait manifestement au début d'un mauvais film de derche, il continua tant bien que mal.

- Et après eeeeuh, cette nuit j'ai pas beaucoup dormi, et euuh, je me sens chaud...

Ca c'était tout lui. Il avait toujours trouvé les mots justes dans des situations pareilles. A la réflexion, c'était bien la première fois qu'il se trouvait confronté à une situation pareille. Quel tact, alors !

- Bon, est-ce que vous toussez ?

- Avant oui, mais c'était y'a deux semaines quand j'étais malade d'autre chose.

(Voilà, donc une remarque très utile)

- Vous avez beaucoup de fièvre ?

- Assez oui, pas mal.

- Nez bouché, courbatures...

- Oui.

- Est-ce que vous avez une activité sexuelle intense ?

Ah, il savait que c'était pas innocent toutes ces questions. Il sentit qu'il devait là mettre un terme aux avances frenchophiles du médecin libidineux.

- En quoi ça a un rapport avec ma grippe, ça ?

- Ben, euh, tout ce que je veux c'est que vous alliez mieux.

La fiche de renseignement lui précisait "unwell", sans doute avait il sa petite idée sur la manière de remettre notre héros de nouveau sur pied.

Aux dernières nouvelles, il prend toutes les quatre heures 1000mg de Paracétamol, 200mg d'Ibuprofène et 60mg de Pseudophédrine. Et 0mg de médecin urgentiste.

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Mercredi 9 mars 2005

 Bon. Alors le téléphone marche plus. Il faisait des ptits "crac" depuis le début, puis des gros "crouic" depuis quelques temps, et puis il a plus rien fait du tout.

Site internet de British Télécom. Menu "Incidents". A demi étonné, je m'aperçois que j'ai le choix entre :

  • • Signaler un incident sur ma ligne ou sur celle de quelqu'un avec son accord,
  • • ou signaler un problème sur la ligne de quelqu'un d'autre sans qu'il le sache.

(Bienvenue à BT. Si votre appel concerne un fraudeur, composez le 1. Si vous voulez consulter le détail des communications de votre beau frère, composez le 2. Si votre voisin est juif, composez le 3.)

Alors ça marche pas. Bon. Alors il faut téléphoner à BT. Bon. Alors qui c'est qui s'y colle ? Eh non pas cette fois. Démerdez vous.

****

Discussion au coin du gaz avec mon subconscient

Alors pour la béchamel c'est simple, on fait fondre le beurre dans une casserole, on ajoute la farine, on touille pis on délaye avec du lait.

- Hein, kestadit ?

- Ben on ajoute la farine, pis on touille...

- Nan, après ?

- On délaye avec du lait.

- ...

- ... Oh maudit cave. Il te reste un fond de pov' brique UHT, niaiseux1.

- Putain je le savais qu'il me manquait quelque chose. J'avais tout : les épinards, la ricotte, le beurre, la farine, eh merde.

- T'es ben épais à soir, t'es rendu à aller à Sainsbury's.

- Je peux pas laisser la béchamel sur le feu, ça se fait pas... En même temps, je peux pas rester comme ça...

- Coudonc mon fif', tu vas tu t'poser la question longtemps ? Asteur l'est déjà 8 heures, criss moi ton camp !

- Ah, mange donc un char de marde.

Faque j'y suis allé, à Sainsbury's. J'ai tracé jusqu'au rayon briques de lait. J'ai vérifié que je prenais pas un truc chelou, de lait concentré ou chépaquoi, ça m'est déjà arrivé, et hop! caisse automatique. En deux temps trois mouvements c'était réglé, thank you for using Sainsbury's self checkout, hophophop maison, cuisine, casserole, béchamel, cannelloni, four, cuisson, repas.

«Eh cal... ces cannelloni c'est bon à maudit.

- Toi je t'ai rien demandé.»

 

(1) Mon subconscient est originaire de Montréal

 

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