Samedi 2 février 2008

Roger hésitait depuis deux heures entre la R21 Alizée (air climatisé) et la R21 Symphonie (autoradio).

- Vous avez fait votre choix ? s'impatienta le concessionnaire; il était 19h30, il avait autre chose à faire.

Finalement Roger choisit la R21 Manager, ainsi nommée en raison de la présence fort opportune d'un porte-gobelet symptomatique des décideurs qui en veulent.

- Très bien ! Le modèle d'exposition est prêt, vous n'avez qu'à signer.
- Ah bon ? Vous ne la commandez pas ?
- J'ai pas vraiment le temps.
- Vous m'avez même pas demandé si la couleur me plaisait !
- Je sais mais ta gueule.
- Ecoutez, dit Roger, je crois que vous ne m'avez pas l'air très sérieux.

Le vendeur qui cherchait une parade :
- Moi ? Pas très sérieux ? Moi ?... Pas très sérieux ? Moi ?
- Oui, vous ! On est les deux seuls dans votre choroume, et d'ailleurs je comprends même pas que vous ne m'ayez pas offert de café.
- Alors que de un, ha, franchement je vois pas trop le rapport et que de deux je vous ai proposé un café talleur et que vous m'avez superbement ignoré passke vous étiez parfaitement hypnotisé par le porte gobelet de la R21 et que du coup vous m'avez pas répondu.
- Ben voilà vous l'admettez, même vous alors que vous êtes une tête de lard,  j'étais ailleurs ! Vous auriez pu insister !
- J'avais pas que ça a faire. Vous êtes pas le  centre du monde, Monsieur Ladal (Roger - Ladal, humour).
- Etant votre client, a fortiori votre unique client asteure de la journée, eh ben si mon ptit père, je suis le centre de ton monde,  et je vais te latter si tu t'arrêtes pas de me briser les noix de macadamia.
- Pardon Monsieur, vous... je... vous avez raison.
- Alors première chose, tu te mets, là, non, ici, non, là et tu fais ton boulot de vendeur. Tu me flattes, tu dis que j'ai bon goût, et que madame va adorer (ce qui me fait doucement rigoler passke chuis gaÿze mais j'ai peur que t'ais pas suffisamment de temps pour comprendre).
- Dacore.
- C'est bon ?
- Ouida.
- Vazy.
- Ah, monsieur, quel goût certain !

Les deux furent interrompus par la sonnerie signalant la distribution des médocs, ils se mirent donc en ligne et attendirent leur tour. Danny de Vito souriait bêtement, Christopher Lloyd était égal à lui même (ie. magistral) et Jack Nicholson tenta de faire du gringue à l'infirmière qui était aussi réceptive qu'un frigidaire période CFC. 15 ou 20 ans plus tard, Bernard Tapie repris son rôle au théâtre, évènement qui aujourd'hui encore peut constituer le point de départ d'un processus ayant pour terme la destruction complète de la planète.


Dimanche 16 décembre 2007

Après avoir observé un temps d'attente raisonnable de ma naissance jusqu'à mes seize ans (temps d'attente qui, à la louche, peut se chiffrer en quinzaine d'années), il fut grand temps d'apprendre à conduire. Apprendre à conduire n'était pas un but ultime dans ma vie d'adolescent, comme pu l'être manger des Smarties ou regarder par la fenêtre. Pour tout dire, j'y allais un peu comme on accompagne un ami distrait à un concert d'Amel Bent : sans grande conviction, cependant mué par l'envie de ne pas décevoir.

C'est là que je fis la rencontre de RM, que nous appellerons désormais Raoul Moussaka pour un double souci d'anonymat et de rigolade. Monsieur Moussaka était moniteur de l'auto-école qu'on avait décrétée la plus proche de la maison. Ce qu'elle était certes lorsqu'on faisait le trajet en voiture, mais pas à pied, et l'on notera l'ironie de la situation.

Raoul avait appris à conduire à ma soeur, et dès lors de véritables légendes urbaines s'étaient mises à courir sur son compte, systématiquement niées en bloc par mes parents, ce qui les rendaient d'autant plus crédibles. Personnellement, bien résolu à me faire ma propre opinion (tout en sachant déjà à quoi elle ressemblerait), j'y allai sans crainte bien qu'un peu blasé (rappelons nous le manque de conviction, paragraphe un).

Raoul était un petit vieux au look de mante religieuse style Mr. Burns avec des clopes de meufs, qu'il fumait sans satiété dans l'habitacle de la voiture. Ses "fesses en goutte d'huile" étaient devenues une renommée mondiale dans tout le canton. Pour parfaire la description, disons qu'il s'agissait d'un Thierry Roland gringalet avec accent jurassien.

Monsieur Moussaka n'avait certes pas l'auto-école la plus rentable de la ville (excentrée, code de la route avec cartes à trous, légendes urbaines, etc.), mais il ne rechignait jamais à faire de la pub. Bon, certes, à l'intérieur de la voiture, avec personne d'autre que moi et lui, ce qui limitait les retombées économiques, mais ce type là savait se vendre.

"Tous ceux à qui j'ai appris à conduire, aujourd'hui, ils ont le permis.
- ...
- Eh ! Oui, vous avez bien entendu. Tournez à droite, direction A katt ceeent katt."

Raoul ponctuait souvent ses inspirés aphorismes de l'abhorrant "comme dirait l'autre", l'« autre » étant lui, quelqu'un de sa famille proche à la rigueur. Il joignait souvent le geste (coup de coude dans les côtes, petite tape sur l'épaule) à la parole. Raoul avait sans doute besoin de parler. Moi, moins. Mais ça ne le gênait pas. Au contraire, il pouvait plus facilement se concentrer sur les sujets essentiels qu'étaient les insecticides qui déciment les abeilles, les îles Canaries, les pneus tubeless ou les jours de marchés à travers les ages.

Monsieur Moussaka savait aussi se faire violent verbalement lorsque quelque chose ne lui plaisait pas dans ma conduite, ce dont j'avais terriblement besoin à l'époque, et qui eut bien entendu l'effet pas escompté mais couru d'avance. Le jour de l'examen, j'étais sûr de moi comme peut l'être Eve Angeli avant de faire une dictée, j'ai rétrogradé en plein virage et pilé à un feu vert. Lorsque je me suis garé, que je suis sorti du véhicule et que Raoul vint aux nouvelles, l'agenda à la main pour prendre le prochain rendez-vous, je lui exhibai le papier rose (old school), et

- ... eh ben vous ne le méritez pas.

Reste toujours à savoir pour qui l'insulte était destinée. Pour ma part, sortir du collimateur de Raoul The Killer était une perspective plutôt kiffante.

Et puis il mit en vente l'auto-école, et l'on ricana, prétextant que j’étais à l'origine de son départ, ce que je goûtai fort peu ; si l'un de nous deux eût dû partir à la retraite à la fin de notre rencontre, j'aurais rassemblé mes fiches de paye pour faire valoir mes points, voilà la vérité, à dix-huit ans, et, mes aïeux, c'eût été une piètre pension.

Trois ou quatre ans plus tard, à la faveur d'un week-end commun, nous le croisâmes en ville ma soeur et moi. Il semblait chétif sans la voiture autour et les doubles commandes. Au moment de nous croiser, il baissa le regard. Comme dirait l'autre, on avait gagné.


Mercredi 5 décembre 2007

Sylvain était un cochon d'Inde tout ce qu'il y a de sérieux. Il ne mettait pas les coudes sur la table et demandait l'autorisation avant de parler. Pour un cobaye il avait la carrure d'un fier-à-bras mais comme il travaillait avec des humains, ça remettait les choses dans une autre perspective.

Sylvain travaillait aux impôts et encaissait les amendes d'excès de vitesse derrière un petit bureau. On s'était dit que les mecs en infraction, sachant qu'ils avaient les boules de payer et des fois de perdre des points, de les confronter à un cochon d'Inde ça les surprenait et après ils étaient tout calmes.

On avait fait l'expérience avec Depardieu, il était arrivé, flamboyant, en poussant des grands, "hââ !" et puis il s'était penché vers Sylvain, subitement sombre, en murmurant "ben qu'est-ce t'as ? T'es tout ptit ! Comment t'appelles ?" Après quoi Sylvain posa une contremarque sur le chèque.

Bon, évidemment, Sylvain, on l'avait cotché. On l'avait sanglé sur un siège pour qu'il mate des images d'archive de la guerre, et tout, et on lui mettait des gouttes dans les yeux et la neuvième de Beethov.

Voilà, le problème de quand je suis pas inspiré, c'est que ca va pas chercher loin. Je me suis payé le chef d'oeuvre de Burgess et mon ophtalmo m'a prescrit quatre collyre histoire de voir si mes yeux étaient secs. Et je viens de m'apercevoir que ça fait exactement trois ans (à deux ou trois jours/semaines/mois près) que j'écris ici. A l'époque j'étais tellement pas inspiré que j'improvisais des textes honteusement scandaleux sur les noisettes. J'ai mûri.


Mardi 27 novembre 2007

Chez Monoprix j'ai acheté un petit carnet à spirale, comme William Sheller, même si il faudrait que je me renseigne où c'est qu'il l'a acheté le sien, à lui.

Comme ça, je me suis dit, plutôt que d'avoir de l'inspiration puis l'oublier pour cause de taf qui me fait perdre de l'inspiration. Tenez, là, non content de faire une rupture syntaxique, j'ai envie de dire "à l'inverse de Dyson" puisque Dyson c'est l'aspirateur qui ne perd pas d'aspiration, etc, et on s'accordera tous pour dire que c'est moisi comme feinte.

Il faut dire — ce n'est pas une excuse mais une aide à la compréhension — que simultanément à la rédaction de ce post, je regarde la grosse émission de la médecine sur la 5, et j'attends, au taquet, que Michel Cymès fasse une vanne de cul, j'ai bon espoir ; en même temps ce matin chez Bruce Toussaint il a dit qu'il ferait gaffe parce que c'est en praïme taïme.

Ma soeur elle a dit que les parents de Bruce Toussaint étaient criminels de l'avoir appelé comme ca.

J'ai acheté un carnet à spirale pour noter toutes les idées quand j'en ai pour pas que je les oublie. Alors, depuis quatre jours que je l'ai, j'ai noté :

• meuf qui ressemble à Desproges sur un vélo
• imesrtpez(coulure)
• meuf qui rsmbl à jj Annaud

Alors autant pour les deux meufs présentant une ressemblance frappante avec 1. le plus grand génie de l'espèce humaine 2. un quelconque frisé, j'en ai un souvenir ému, en même temps qu'une interrogation sur la suite humoristique que j'espérais voir découler de ces observations, autant pour "imesrtpez(coulure)", je vois pas. Ecrire dans le métro qui bouge avec un petit stylo qui fuit (n'achetez plus de Reynolds) ne prête pas à l'exhaustivité.

J'ai acheté un petit carnet rouge, et quand on le retourne, on lit "café/savon/polente" (les trois choses que j'emmènerais sur une île déserte), puis, plus bas, un laconique "wh.", signe évident de coquetterie lorsqu'il s'agit d'acheter de l'alcool.


Samedi 17 novembre 2007

Séville, au mois de novembre, c'est mieux que Paris en août. Tant pour la chaleur que pour la qualité des tapas. Du haut des berges du Guadalquivir, on peut observer le bas des berges du Guadalquivir. Les churros sont salés, et les processions catholiques arrosées de pétales de rose.

Par un heureux jeu de mots guéfrèndli, la boite de location de pédalos sur le Guadalquivir s'appelle Pedalquivir.

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